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Comment prévenir le surmenage ?

Face à des salariés qui se surinvestissent dans leur travail au point de se mettre en danger sans même s’en rendre compte, certaines organisations syndicales alertent et mettent en place des actions de prévention mais qui, malheureusement, peuvent se fracasser sur la liberté individuelle d’en faire toujours plus. Décryptage.

« Il y a une forte culture du présentéisme dans la grande distribution. Assurer l’ouverture du magasin à 6h du mat jusqu’à la fermeture à 20h (6 j/7) n’a rien d’exceptionnel pour de jeunes chefs de secteur qui aspirent à progresser. Ils n’y sont pas obligés mais c’est une façon de faire leurs preuves en phase d’intégration. Certains tiennent le coup mais d’autres craquent, partent en arrêt de travail de longue durée et ne reviennent pas », témoigne Jean-Paul Gathier, délégué syndical FO chez Castorama.

Dans chacun des 102 magasins de l’enseigne en France, on trouve en moyenne 5 chefs de secteurs, des cadres au forfait jours. Pour un salaire moyen de 2 800 euros, chacun encadre entre 15 et 30 salariés. Le surinvestissement est d’autant plus fort que le turnover est important, surtout dans les grandes métropoles.

En attendant les remplacements, il faut assurer le travail de ceux qui démissionnent. Dans ce contexte, l’absentéisme des cadres a été multiplié par 2 en deux ans.

« Nous demandons à la direction une évaluation précise de la charge de travail des cadres. Il y a trop d’heures masquées. Tous ces éléments se retrouvent dans les rapports d’expertise des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) », ajoute Jean-Paul Gathier dont le syndicat sait se faire force de propositions en la matière pour dépasser le constat. Une idée serait par exemple de faire accepter le temps partiel sur les postes de cadres au forfait qui verraient ainsi diminuer leur nombre de jours travaillés. La direction a un temps envisagé de mettre en place une « brigade volante » chargée de palier aux absences sans pour autant passer à la pratique.

En attendant, les syndicats se retrouvent en première ligne face à des salariés saturés. Le moindre accroc suffisant à entraîner la rupture.

Comment parler de la charge de travail ?

Le sujet des conditions de la régulation du surinvestissement au travail concerne tous les secteurs avec, à chaque fois, les mêmes dénominateurs. « Nos ingénieurs sont passionnés par ce qu’ils font et sont d’autant plus investis dans les projets que les contraintes budgétaires sont fortes. Nous essayons de leur faire prendre conscience du temps qu’ils passent au travail dans le cadre du forfait jours », explique Pascal Peltier, délégué syndical CGT chez Thales et membre de l’union des cadres et techniciens à la fédération métallurgie. Dans ce contexte, l’Union générale des cadres et techniciens de la confédération (UGICT-CGT) a lancé un outil baptisé « le numérique autrement » de détection de la surcharge de travail tant sur un plan individuel que collectif. Pour prévenir les ruptures, synonymes d’arrêt de travail, Pascal Peltier considère qu’il « est essentiel de reconstruire du collectif sur les métiers en marge des approches par projet et recréer du débat sur le travail. On ne peut pas se contenter de cocher la case quand le sujet de la charge de travail est abordé en entretien individuel. Il est plus facile de le faire dans un cadre collectif ». Les directions seraient bien conscientes du problème car les absences de longue durée de salariés portant sur des compétences critiques sont justement susceptibles de mettre des projets en danger…

Comment freiner à temps ?

Chez Atos Worldline, le problème de la surcharge de travail se pose avant tout chez les jeunes ingénieurs qui sont censés travailler 37 heures par semaine, car non « forfaitisables », au regard des bornes fixées par la convention collective Syntec, mais qui font pour certains beaucoup plus sans que leur manager ne le leur demande. « Cela ne va pas sans poser problème à des managers qui ne savent pas comment les freiner. Il y a une soif d’apprendre et de toujours être à la pointe des dernières nouveautés pour ces jeunes recrues qui sortent de leur école d’ingénieurs », souligne Florent Jonery, délégué syndical CFTC de l’entreprise qui reconnaît les difficultés à repérer les équipes en surchauffe. « Nous avons proposé que le reporting ne porte pas sur la charge individuelle mais plutôt sur la charge globale des équipes afin de pouvoir intervenir sur le collectif avant que certains ne craquent. Cela arrive, nous le savons », avance le représentant de la CFTC. Mais quid du modèle économique si l’ensemble des salariés, hors forfait jours, se contentaient de faire leur 37 heures ?

A l’évidence, au-delà des étiquettes, les syndicats ne manquent pas d’idées pour prévenir plus efficacement le surmenage avec des approches collectives qui sous-tendent de « soulever le capot » des charges de travail. La condition préalable d’une prévention efficace.

Article rédigé en partenariat avec Miroir social

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