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Don de RTT, congés spécifiques…

11 millions de Français s’occupent actuellement d’un proche en situation de dépendance, dont plus de la moitié sont encore en activité professionnelle. La 7e édition de la Journée Nationale des Aidants leur est plus particulièrement consacrée. Elle vise notamment à alerter les entreprises sur la nécessaire prise en compte de cette problématique dans leurs politiques managériales.

Pierre angulaire de la structure familiale, la solidarité intergénérationnelle a de tout temps existé. Devoir prendre de son temps pour aider un proche, vieillissant ou malade, n’est donc pas, a priori, un fait nouveau. Ce qui l’est plus en revanche, c’est de devoir assumer ce rôle, tout en s’occupant de ses propres enfants et en menant de front sa carrière. C’est à cette multiplicité de tâches et de devoirs, souvent éreintante, parfois kafkaïenne quand s’y ajoute l’éloignement géographique, que sont aujourd’hui confrontés nombre de natifs de la génération du baby-boom et certains de leurs cadets. Prise en étau entre l’allongement de la durée de vie de leurs parents et une prise d’autonomie de plus en plus tardive de leurs enfants, cette population désormais rebaptisée  « génération sandwich » a, en effet, bien du mal à trouver du temps pour elle, et ce d’autant plus que le cap de la retraite ne cesse de s’éloigner. Stress, sentiment de culpabilité, inconfort financier, cette situation affecte fortement la qualité de vie de ces aidants, mais aussi leur santé et leur vie professionnelle. Selon le rapport d’étude Malakoff Médéric, 64 % des salariés aidants estiment que leur situation impacte leur vie professionnelle, 61 %  se plaignent de fatigue et 51 % de difficultés psychologiques. Malgré ces difficultés, beaucoup considèrent leur activité essentielle à leur épanouissement personnel.

Des aidants qui méconnaissent leurs droits

Face à un phénomène appelé à s’amplifier à mesure du vieillissement de la population et du recul de l’âge de la retraite, le gouvernement, dans sa Loi de 2016 relative à  « l’adaptation de la société au vieillissement » s’est attaché à faciliter la vie des actifs aidants en instaurant un « congé de proche aidant » de trois mois renouvelables, en aménageant les conditions de négociation d’un temps partiel avec l’employeur ou encore en instaurant un « droit au répit » pour leur permettre de se ressourcer. Si ces mesures constituent des progrès indéniables, elles n’impactent encore à ce jour que peu d’aidants salariés. Et pour cause, 73 % ne sont pas au courant des aides existantes et 21 % préfèrent cacher leur situation à leur employeur de peur d’apparaître moins impliqués dans leur travail. Beaucoup préfèrent donc s’en tenir au système D plutôt que de recourir aux aides prévues par la loi. Pour preuve, 50 % avouent utiliser leurs RTT ou leurs congés annuels pour se dégager du temps libre, 23 % s’arrangent avec leurs collègues, 13 % utilisent un arrêt de travail et 1/3 optent pour un temps partiel.

Des initiatives solidaires ouvrent la voie

Depuis quelques années pourtant, l’importance grandissante accordée par les entreprises à la qualité de vie au travail et à la bonne articulation vie privée/vie professionnelle des salariés a commencé à faire bouger les lignes. Impulsée dans les grands groupes, par nature mieux armés pour s’adapter aux besoins de flexibilité des aidants, la prise en compte de cette nouvelle contrainte dans les politiques de gestion des ressources humaines a déjà donné lieu à de nombreuses initiatives, dont certaines directement inspirées de pratiques spontanément mises en œuvre par leurs collaborateurs. C’est ainsi sur l’initiative des salariés d’un établissement du groupe Badoit, qu’a été instauré le système de partage de RTT. À l’époque 170 des 200 collaborateurs de l’établissement avaient fait don de leurs journées à un de leurs collègues pour lui permettre d’accompagner son enfant atteint d’un cancer.  Ce dispositif également adopté dans plusieurs autres groupes, tels Casino ou Groupe PSA, a depuis été officiellement été inscrit dans le code du Travail  (loi n° 2014-459 du 9 mai 2014 dite loi Mathis).

Les grands groupes montrent l’exemple

Plus audacieuses que les législateurs, la plupart des entreprises pionnières ont élargi le champ d’application de ce dispositif à l’ensemble des aidants familiaux, certaines, comme L’Oréal,  prévoyant même un abondement des jours cédés par l’entreprise. Le géant de la cosmétique a également établi en janvier 2014   « un congé de solidarité familiale d’un mois renouvelable » pour permettre au collaborateur aidant d’accompagner un proche en fin de vie, ainsi qu’un congé de présence parentale de 3 mois avec maintien de la rémunération.

Autre adepte du don de RTT, le Groupe Casino a instauré en 2013, un congé spécifique de 12 jours ouvrables par année civile, financé par le fonds « Plan Congé de l’Aidant Familial » réunissant les jours offerts par les salariés donateurs. Il a parallèlement déployé un vaste dispositif d’information sur le sujet : conférences thématiques, groupes de parole, ateliers mensuels, diffusion d’un guide « Je suis aidant parlons-en » à l’ensemble des collaborateurs… Le Groupe propose aussi plusieurs plateformes d’accueil téléphonique, gratuites et anonymes.

Novartis autorise, quant à lui, la conversion du 13e mois en jours de congés, les jours convertis étant abondés par l’entreprise. Il offre en outre à ses salariés la possibilité de consacrer une partie de leur prime variable individuelle à l’achat de Chèques emploi service universels (CESU), abondé à 100 %.  Engagé de longue date, via sa Fondation, dans la proximologie, le groupe pharmaceutique a également lancé deux sites web www.proximologie.com, portail de services et de formations regroupant résultats d’études, fiches pratiques, publications. … et www.prochedemalade.com, site d’information dédié aux aidants.

Un phénomène incontournable

Aussi encourageantes soient-elles, toutes ces initiatives peuvent toutefois s’avérer difficiles à dupliquer dans les petites entreprises. Fort heureusement, d’autres mesures plus modestes peuvent  être envisagées à l’instar de la distribution de documents d’information répertoriant les sites Internet et adresses utiles, de l’aménagement de systèmes de télétravail, à temps partiel, de l’adoption de services de conciergeries mutualisés ou encore du recours à un service externe d’assistance sociale.

Une chose est sûre, quels que soient la taille et les moyens de l’entreprise, la multiplication du nombre de salariés aidants semblant inévitable, il est urgent que l’ensemble des managers, responsables des ressources humaines, représentants du personnel, médecins du travail se mobilisent rapidement sur cette problématique. Les organisations y ont d’ailleurs tout à gagner puisque, non contentes de limiter l’absentéisme, elles y trouveront également l’opportunité de tirer pleinement parti de l’enrichissement des compétences qu’occasionne forcément l’expérience de l’accompagnement d’une personne fragilisée.

Pour en savoir plus http://lajourneedesaidants.fr

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