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Illettrisme : Pourquoi les entreprises sont aussi concernées !

Du 5 au 10 septembre se déroulent les Journées nationales d’action contre l’illettrisme. Une occasion de comprendre que ce problème concerne aussi les salariés en entreprise. Coup de projecteur sur un phénomène caché.

« Personne n’admet être illettré. Cela étant vécu comme une honte, surtout en entreprise », constate Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) qui a pour mission d’en mesurer statistiquement l’ampleur en France, d’élaborer pour chaque région un plan ciblé de prévention et d’identifier et faire connaître les bonnes pratiques. Si l’organisation existe depuis 2000, ce n’est qu’en 2013 que la lutte contre l’illettrisme a été retenue comme “grande cause” nationale. Selon l’Insee, 2 500 000 personnes âgées entre 18 et 65 ans (contre 3 100 000 en 2006) se trouvent en situation d’illettrisme, soit 7 % de la population française. Parmi elles, 51 % ont un emploi. Les secteurs les plus concernés sont liés aux transports, au nettoyage, au bâtiment et à la restauration.

Analphabétisme versus illettrisme

Qu’entend-on précisément par illettrisme ? « À ne pas confondre avec l’analphabétisme qui concerne les gens qui n’ont jamais été scolarisés dans leur langue alors qu’un illettré est allé à l’école, explique Hervé Fernandez. Il sait donc, en principe, lire, écrire et compter. Mais ce savoir, s’il est peu sollicité, peut s’être détérioré au point que l’intéressé est incapable de saisir le sens d’un texte et de se faire comprendre par écrit. Cela n’a rien à voir avec des fautes d’orthographe et de grammaire ». Il est important de ne pas associer illettrisme et personnes issues de l’immigration, en effet l’illettrisme touche aussi bien des personnes d’origine étrangère que française.

Une évolution professionnelle freinée

Ce mal invisible a des conséquences néfastes à la fois pour les individus concernés et pour les entreprises. Car cela implique, tout d’abord, un coût social et humain. Les salariés concernés déploient des stratagèmes pour éviter d’être démasqués. Or ils se retrouvent souvent face à des situations où ils sont amenés à faire des erreurs, à ne pas savoir transmettre les informations par écrit à leur hiérarchie et à leurs collègues… Des situations “handicapantes” qui bloquent toute évolution professionnelle. Les déficits en matière de savoir de base sont des motifs d’exclusion pour l’accès à certains postes de travail, mais aussi pour d’éventuelles promotions, même si les intéressés ont toutes les qualités requises. Sans parler des problèmes inhérents à la gestion de leur vie quotidienne.

Opportunités économiques manquées

Du côté des entreprises, ce problème a non seulement un impact négatif sur la production mais freine également les transformations nécessaires des outils de travail. « Certaines sociétés identifient l’illettrisme de leurs collaborateurs lorsqu’il s’agit de faire évoluer l’organisation interne afin d’accroître la compétitivité, en faisant, par exemple, le choix du “tout numérique”. Empêchées d’amorcer ce changement, elles peuvent ainsi manquer des opportunités économiques », constate le directeur de l’ANLCI.

Des formations ciblées et utiles

Une réponse existe pour contrer ce risque. L’entreprise, qui a l’obligation d’accompagner ses employés – en évitant de les stigmatiser – pour développer les capacités leur permettant de mieux vivre ces changements, a un rôle-clé à jouer. « Le moyen le plus efficace consiste à mettre en place des formations ciblées, attachées à la pratique de leur métier. Les salariés acceptent mieux la démarche s’ils perçoivent que cela leur sera utile », insiste Hervé Fernandez. Il suggère aux sociétés de monter ces formations en partenariat avec leur Opca (Organisme paritaire collecteur agréé), soit en consultant l’annuaire des organismes spécialisés sur le site de l’ANLCI, soit en téléphonant à Illetrisme info service au
0800 11 10 35 (service et appel gratuits,) une plateforme qui les orientera vers les bons interlocuteurs.

Le sésame : le certificat CléA

Le meilleur moyen pour gagner la confiance des collaborateurs consiste à associer au projet les instances du personnel et les managers. « Les salariés seront d’autant plus convaincus par la démarche qu’ils pourront obtenir le certificat professionnel “CléA”, qui leur assure la maîtrise des connaissances de base et l’accès à d’autres formations partout en France », poursuit le directeur. D’autant plus que, dans l’utilisation du compte personnel de formation (CPF), ces formations sont considérées comme prioritaires. C’est-à-dire que les salariés peuvent y avoir recours sans avoir à demander l’autorisation à leur employeur, le coût de cette formation étant pris en charge.

Des initiatives inspirantes

Le bénéfice est double. L’employé se sent plus à l’aise, moins stressé, donc plus efficace. Ce qui contribue à la performance de l’entreprise. Parmi les initiatives exemplaires, citons B.A.ba Solidarité (babasolidarite.org), une association d’entreprises qui lutte contre l’illettrisme en milieu professionnel. Elle regroupe des sociétés comme L’Oréal, Orange, Manpower ou Publicis. Le principe : les salariés en formation profitent également d’un tutorat de salariés bénévoles. Autre exemple chez Stef, un spécialiste des transports frigorifiques qui a initié en 2010 un projet nommé “maîtrise des savoirs fondamentaux”. Les salariés formés sont ensuite accompagnés – pour les volontaires – dans une démarche de validation des acquis de l’expérience (VAE).
Des initiatives qui devraient se faire connaître et en inspirer d’autres lors de ces journées consacrées à la lutte contre l’illettrisme.

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