En un coup d'oeil
3 min
19/04/2019

L’Indice du Capital humain en Entreprise : au sommaire

Le capital humain, on en parle beaucoup depuis les années 1980, mais il était encore difficile de mesurer son impact sur la performance globale de l’entreprise. Aujourd’hui, c’est chose faite avec l’Indice de Capital Humain en Entreprise, un indice construit par Malakoff Médéric Humanis en partenariat avec Ethifinance, agence d’analyse spécialisée dans la RSE. Les résultats le confirment : plus une entreprise a un indice du capital humain élevé, plus elle est performante.

Le capital humain, c’est quoi ?

Mais d’abord revenons aux origines. Ce concept a été développé par l’économiste Gary Becker dans son livre Human capital, en 1965. Selon lui, chaque individu a un capital propre composé de trois éléments : les savoirs (les connaissances), le savoir-faire (les compétences) et le savoir-être (soft skills ou compétences relationnelles). Ce capital détermine la productivité des individus et leur valeur sur le marché, donc les revenus qu’ils peuvent tirer de leur travail.

L’exemple Patagonia ou le capital humain libéré

Bureaux flexibles, organisation non hiérarchique et collaborative, prise de décisions par consensus, accès à la nature et autorisation d’aller surfer à toute heure ou de venir avec son animal de compagnie… Patagonia multiplie les actions pour créer un environnement de travail épanouissant et respectueux de l’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle. Elle a ainsi créé le Great Pacifique Child Development Center, un centre d’accueil avec une pouponnière pour bébés à partir de huit semaines, une crèche et un jardin d’enfants.

“Nos employés agissent en tant qu’ambassadeurs internes et externes pour le compte de Patagonia. Ils s’engagent dans notre mission, ils nous envoient amis et familles, ils racontent l’histoire de Patagonia à un réseau plus large. Ils apportent des perspectives différentes et créent une diversité riche ici”, s’enthousiasme Evelyn Doyle, directrice RH Europe de Patagonia. Avec un principe simple : développer son capital humain fait la force de l’entreprise.

Mesurer la maturité des entreprises en termes de capital humain

Pour mesurer cet impact, Malakoff Médéric Humanis a créé, avec EthiFinance, un indice : l’Indice de Capital Humain en Entreprise (ICHE). « Nous avons en effet prouvé que les entreprises les plus performantes en gestion des ressources humaines sont

celles qui connaissent de bons résultats économiques», explique Emmanuel de La Ville, directeur générale d’EthiFinance.

Au niveau financier, ces entreprises réalisent ainsi une performance supérieure de 5 % par rapport à leurs entreprises concurrentes, et de 10 % par rapport aux entreprises les moins bien notées sur l’Indice. L’amélioration de la performance financière est proportionnelle à celle de la prise en compte des dimensions du capital humain. Pour les entreprises cotées, on constate une plus grande stabilité boursière chez les entreprises au meilleur ICHE.

Et ce n’est pas tout, selon Emmanuel de La Ville : « Nous avons aussi pu clairement établir un lien entre des PME-ETI qui accordent une grande importance dans la RSE et un niveau d’absentéisme relativement faible. Notre étude démontre qu’investir dans l’humain est source d’engagement, de sens et donc de performance.»

Social washing ou performance ?

Les avis sont partagés. Si les spécialistes interrogés confirment l’importance du développement du capital humain, certains émettent des réserves. Ainsi Thibaut Bardon, professeur à Audencia et titulaire de la chaire Innovations Managériales, prévient contre le risque d’injonction au bonheur et à l’empowerment derrière le capital humain : « Certains salariés n’ont pas envie de développer leur capital humain et d’inscrire leur développement propre dans des logiques économiques. » Développer le capital humain, ok, mais en tenant compte de la volonté de chacun, donc. Demain, l’entreprise ne pourra d’ailleurs pas faire sans la volonté de ses salariés. « Nous sommes dans un moment où les entreprises connaissent des plans de transformations très lourds. Or, il n’y peut y avoir de transformation sans engagement du corps social. Et pour que les gens se réengagent, il faut une attention très forte portée au capital humain », souligne Emmanuelle Duez, fondatrice de l’agence The Boson Project.

« Ce qui se dessine en creux, c’est une autre vision de l’entreprise et du capitalisme. Il y a aujourd’hui beaucoup d’entreprises ou des mouvements (comme le Mouvement pour une économie bienveillante) qui veulent réconcilier humanisme et capitalisme dans un souci de performance globale, explique Emmanuelle Duez. On est passé d’une période du “ou”, où on devait choisir entre le productivisme ou le monde des Bisounours, au “et”. Dans la société de demain, on choisira le pragmatisme économique traditionnel, et la performance économique et une approche humaniste ultra respectueuse du corps social. Les entreprises qui n’ont pas pris la mesure de ces transformations vont passer à côté du futur. »

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