DecrypTendances

Le télétravail, une alternative à envisager pour certains arrêts maladie

Aujourd’hui, 63% des salariés et 80% des dirigeants d’entreprises interrogés seraient favorables1 à la prescription de télétravail à la place d’un arrêt maladie. Mais est-ce vraiment une bonne solution ?

Et si le médecin traitant prescrivait quelques jours de télétravail à la place d’un arrêt maladie ? C’est le projet de loi discuté à l’Assemblée Nationale depuis le début d’année 2019. La prescription de télétravail pourrait donc faire son apparition sur les feuilles d’arrêts maladies à discrétion du médecin et du patient. Alors, le télétravail pourrait-il devenir une alternative aux arrêts de travail ?

Réaménager le travail dans l’intérêt du salarié

« Un collaborateur s’était blessé à la jambe en juillet 2019. Après un temps de convalescence, il était toujours immobilisé à son domicile car dans l’incapacité de conduire. Les deux seules options étaient alors de prolonger l’arrêt maladie ou de mettre en place un aménagement du travail. L’équipe a alors mis en place du télétravail », explique ainsi l’ex-députée LREM Jennifer de Temmerman dans un communiqué.

Un rapport de la mission commandé par Matignon sur les arrêts maladie remis le 20 février 2019, composé d’un médecin, d’un directeur des ressources humaines et d’un membre de la Cour des comptes a remarqué que « pour améliorer le fonctionnement d’un système actuellement trop binaire, la palette des solutions offertes au médecin prescripteur pourrait être élargie à la possibilité d’une prescription de travail à domicile, sous forme de télétravail, de manière alternative à une mise au repos total ou partiel ».

Une option qui pourrait raisonner positivement aux oreilles de l’employé et de sa vie professionnelle, comme pour son entreprise.

 
Le télétravail permettrait de prévenir le risque de décrochage avec la vie professionnelle

Le télétravail faciliterait également une reprise en douceur après un arrêt long.
Ce que confirme les propos du site teletravailler.fr concernant le télétravail thérapeutique : « le télétravail peut permettre de faciliter la reprise du travail des personnes en temps partiel thérapeutique et/ou ayant été arrêtées en raison d’une maladie de longue durée, en limitant les différentes sources de fatigue et les déplacements. ».

Une solution à relativiser

Après avoir permis à son collaborateur de télétravailler, l’ancienne députée Jennifer de Temmerman a remarqué que « sur le long terme cette option est devenue anxiogène pour le salarié, car la rupture sociale était trop importante ».

Un syndrome bien connu des spécialistes du travail, à l’instar de Laëtita Vitaud. « Être en télétravail à 100% présente aussi des inconvénients. Ne pas voir ses collègues ou ses collaborateurs crée d’autres difficultés : on a plus de mal à avoir un sentiment d’appartenance ou à garder une ligne claire entre vie privée et vie professionnelle, on est plus à risque de burn out…Le 100% télétravail n’est pas idéal et n’est pas souhaité par tant de personnes. En revanche, un mélange de présentiel, de rendez-vous clients et de télétravail, oui. »

Une organisation à encadrer

Hormis la perte de lien avec ses collègues, le télétravail pose d’autres questions. S’il est employé comme alternative à l’arrêt maladie, il doit être défini et encadré.
« Les problématiques centrales telles que l’organisation des temps, l’attribution de la charge de travail ou encore la gestion du droit à la déconnexion via une charte, sont d’autres voies potentielles. A chaque entreprise de trouver la formule la plus adaptée à son activité », souligne Karine Babule, chargé de mission pour l’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, dans une interview au magazine Challenges.

D’autres acteurs comme les syndicats y voient également une alternative à prendre avec des pincettes. Alors que l’idée fait son chemin, François Hommeril, patron du syndicat de cadres CFE-CGC, a déclaré devant l’Association des journalistes de l’information sociale : « c’est une fausse bonne idée (…) si on est arrêté on est arrêté. Mélanger les deux sujets, c’est la porte ouverte à une dérive inquiétante, entre celui qui va refuser le télétravail et celui qui, malgré sa grippe, va dire qu’il est joignable ».

De la nécessité de prendre de la hauteur

Pour le Dr Anne-Michèle Chartier, présidente du syndicat CFE-CGC Santé au travail et médecin du travail à Suresnes, « il est nécessaire de négocier des accords de télétravail en amont pour ainsi pourvoir pallier ce questionnement. Car un arrêt de travail reste un arrêt de travail. »

Bref, le médecin du travail serait le seul à pouvoir prolonger les jours de télétravail négociés dans l’entreprise. Des précautions à prendre donc et un débat à recentrer car « le télétravail n’est pas un arrêt de travail mais bien du travail. Si les deux se mélangent, il y a un risque d’introspection dans la vie du salarié, qui peut souffrir d’une jambe cassée et de burn-out en même temps », conclut-elle.

A l’heure où un quart des salariés ont recours au télétravail en France, et que le nombre de jours indemnisés par arrêt a augmenté de 5,1%, de nouvelles solutions émergent, et font bouger les lignes d’un monde du travail en pleine mutation. Pour le bien de tous ?

1 Etude Absentéisme 2019 de Malakoff Médéric Humanis

Mots clés :
Absenteisme télétravail
Notre newsletter
Recevez tous les mois l'actualité du comptoir mm dans votre boîte mail.

Toutes les informations précédées d'un astérisque figurant sur le présent formulaire de contact sont nécessaires à l'Association de Moyens Assurance de Personnes, ci-après désigné Malakoff Médéric Humanis, responsable de traitement, pour l'Association de Moyens Assurance de Personnes.
Ces données sont destinées uniquement pour vous informer des actualités du comptoir de la nouvelle entreprise.
En application de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification et le cas échéant de suppression des données vous concernant et pouvez vous opposer à leur traitement pour des motifs légitimes. Ces droits peuvent être exercés, en justifiant de votre identité, sur simple demande écrite adressée par email à l’adresse suivante : sgil.assurance@malakoffmederic.com ou par courrier : Malakoff Médéric Humanis, Pôle Informatique et Libertés Assurance, 21 rue Laffitte 75317 Paris Cedex 9.