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3 min
08/03/2019

Télétravailleurs tous égaux ?

Plus de la moitié de télétravailleurs ne possèdent pas un espace dédié au travail, c’est ce que révèle la dernière étude Malakoff Médéric Humanis sur le sujet. Etre privé de bonnes conditions de travail à domicile représente un frein au déploiement du télétravail. Les organisations syndicales ont pris conscience des risques d’inégalités liés à cette nouvelle organisation du travail. Décryptage.

Avec la mise en place d’un nouvel accord sur « les nouveaux modes de travail » qui s’appliquera dès mars 2019 en remplacement de celui de 2007 et de son avenant de 2010, Renault instille de la souplesse dans l’organisation du télétravail. Depuis son domicile en passant par un bureau de proximité ou un espace de coworking, le télétravail chez Renault est désormais possible partout. Et le tout avec la possibilité de changer de lieu de travail à tout moment en fonction des souhaits de chacun.

« Les salariés dont le domicile ne permet pas de télétravailler dans de bonnes conditions pourront même le faire depuis les succursales », explique Dominique Rault, le responsable CFDT du syndicat au Tehnocentre (10 800 salariés) qui comptait 1800 télétravailleurs en 2018 contre 170 en 2007. En plus des sites de production et d’ingénierie, c’est donc tout le réseau des 200 succursales qui va permettre d’accueillir des télétravailleurs. Un gage d’égalité d’accès au télétravail pour des salariés dans l’impossibilité de travailler dans de bonnes conditions depuis leur domicile pour diverses raisons. De quoi effacer la frustration de salariés qui ne demandaient pas jusqu’alors à télétravailler de chez eux même si leurs managers ne s’y seraient pas opposés.

Quelles conditions de travail au domicile pour bien télétravailler ?

S’assurer des conditions de travail des salariés à leur domicile relève de l’exercice délicat. Seuls les élus du personnel ont ce droit, tout théorique, de pouvoir visiter les lieux de travail à domicile. Dans les faits, la pratique est exceptionnelle tant elle est intrusive. Aucun accord ne conditionne d’ailleurs le télétravail au fait de pouvoir se ménager un espace dédié, c’est juste une simple recommandation. Au final, c’est donc le plus souvent à l’attestation de conformité électrique au domicile que s’arrête la prévention. « Sans compensation financière pour ceux qui préfèreront s’en remettre à l’avis d’un professionnel », précise la CFTC d’HSBC, qui ajoute, « comme si tous les salariés de HSBC France étaient devenus des électriciens professionnels ». Chez Natixis, la CGT du site de Grenoble considère que chacun est libre de télétravailler comme il le souhaite à son domicile, après que la direction ait refusé de fournir le mobilier : chaise et souris ergonomique par exemple.

 

En ne réduisant pas le télétravail au domicile et en assouplissant aux maximum la démarche, l’accord négocié chez Renault devrait déclencher un appel d’air.

En ne réduisant pas le télétravail au domicile et en assouplissant aux maximum la démarche, l’accord négocié chez Renault devrait déclencher un appel d’air. Notamment de la part de ceux qui le faisaient jusqu’à maintenant de façon tacite avec leur manager. Mais pas question pour autant de généraliser le télétravail à tout le monde. « Le télétravail n’est pas toujours possible. Il est décidé entre le hiérarchique et le salarié en particulier en fonction du niveau d’autonomie de celui-ci, de son ancienneté dans le poste ou d’actions particulières et limitées dans le temps qui méritent un travail en proximité hiérarchique », souligne Dominique Rault. C’est par exemple le cas des salariés qui font l’objet d’un accompagnement adapté parce qu’ils sont en deçà des objectifs fixés depuis deux ans.

La double face de la généralisation du télétravail

A l’heure où la loi travail crée les conditions d’une généralisation du télétravail, gare à ne pas mettre à l’index ceux qui ne passent pas à la pratique pour des raisons tant personnelles que professionnelles. C’est un risque à anticiper quand on atteint déjà plus de 50 % de télétravailleurs comme au siège du Conseil régional d’Île-de-France, désormais implanté à Saint-Ouen. Alors que les syndicats de la collectivité territoriale alertaient sur les effets du bruit dans les bureaux partagés, c’est désormais plutôt un risque d’isolement qui se profile à l’horizon avec des espaces de travail parfois quasiment vides. Raison de plus pour suivre les conditions de travail des salariés qui continuent de passer leur temps au siège.

Mais cette banalisation va aussi considérablement limiter des stigmatisations associées au sexe ou encore à l’âge. De quoi casser l’image d’un télétravail qui serait l’apanage des femmes avec les potentielles conséquences sur leur parcours professionnel. En 2016, Chez Total par exemple, 67 % des 746 télétravailleurs (sur un périmètre de plus de 10 000 salariés) étaient des femmes alors qu’elles ne représentaient pourtant que 29 % des effectifs en France…Une banalisation qui devrait aussi sceller la fin de ces accords qui prévoient de réserver le télétravail sur deux jours aux seniors. A l’évidence, télétravail et l’égalité professionnelle dans toutes ses dimensions doivent se conjuguer.

Article rédigé par Miroir Social

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