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Le coaching santé en entreprise, une recommandation de l’OMS

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’OMS rapporte que l’obésité cause plus de décès que la dénutrition et que l’on meurt également plus de maladies évitables que de maladies infectieuses. Une meilleure hygiène de vie peut pourtant renverser la tendance en matière de pathologies cardiaques, d’obésité, ou encore de diabète de type 2, si toutefois l’approche, l’accompagnement et les outils produisent un changement durable.

Dès 2008, dans son rapport « La prévention des maladies non transmissibles par l’alimentation et l’exercice physique sur le lieu de travail » publié avec le Forum Economique Mondial, l’OMS apportait un élément de réponse décisif : grâce à son unité de temps et de lieu, l’entreprise est décrite comme le lieu idéal pour lutter efficacement contre la sédentarité. Et depuis la parution de ce rapport, les expériences menées en entreprise se multiplient à travers le monde…

Le coaching santé en entreprise : une tendance mondiale dont le comptoir mm vous propose quelques exemples.

Comme en atteste le rapport de l’OMS, le déploiement de programmes de santé sur le lieu de travail peut se faire sous l’impulsion de divers acteurs. Parfois, c’est l’entreprise elle-même qui est au cœur de cette transformation : les dirigeants et leurs employés réalisant que les conditions environnementales et matérielles de travail ne sont pas favorables à une bonne hygiène de vie.

En Malaisie : un programme né au cœur de l’entreprise

Un contexte de travail inadapté à une bonne hygiène de vie, c’est ce qui a été l’élément moteur du programme hygiéno-diététique lancé en Malaisie auprès d’agents de sécurité au début des années 2000. L’objectif poursuivi était la réduction du taux de cholestérol et la diminution de la dépendance au tabac.

Dès le départ, des fours à micro-ondes, des fontaines à eau et des pèse-personnes ont été installés dans les zones réservées au personnel. Un groupe test homogène a été constitué : des agents de sécurité, tous des hommes, appartenant à la même ethnie et travaillant à l’université de Kuala Lumpur. Leurs résultats seraient comparés avec ceux d’un autre groupe, composé selon les mêmes critères et travaillant à deux pas, pour l’hôpital de cette même université.

Pendant deux ans, le groupe test a bénéficié d’un coaching individuel intensif pour atteindre des objectifs diététiques, d’activité physique et de consommation de tabac, fixés lors de séances collectives.

Dans le même temps, l’autre groupe n’a reçu que quelques informations de base sur l’hygiène de vie, par mail et au cours d’une réunion.

Résultat : le taux global de cholestérol du groupe test a significativement baissé : – 0.38 (95% CI = – 0.63, – 0.14) mmol/l), de même que le nombre quotidien de cigarettes fumées.

Depuis lors, ce programme est en cours de généralisation à l’ensemble des agents de sécurité de la fonction publique de Kuala Lumpur.

Ces programmes peuvent également être impulsés de manière plus institutionnelle, comme ce fut le cas en 2010, lorsque l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (OSHA) a lancé un projet européen de promotion de la santé sur le lieu de travail pour faire suite au rapport de l’OMS.

La motivation était à la fois de rappeler la nécessité, pour les employeurs, de respecter les dispositions légales en matière de santé et de sécurité, mais également l’intérêt qu’une entreprise a à améliorer l’état de santé général et le bien-être de ses salariés.

En Belgique : des programmes pilotés au niveau institutionnel

Dans la foulée, en Belgique, plusieurs institutions ont lancé des campagnes de sensibilisation à la promotion de la santé sur le lieu de travail. L’Institut flamand pour la promotion de la santé et de la prévention des maladies (VIGeZ) est, par exemple, à l’initiative d’un vaste projet (« Nvgezond ») déployé en Flandre autour de deux pôles, l’un regroupant 12 entreprises, l’autre une zone industrielle d’une centaine d’entreprises. Pour piloter le projet au cœur de la zone industrielle, un journal d’entreprise et un site web dédiés ont été lancés afin de créer une culture inter-entreprises de l’effort et promouvoir les initiatives, favoriser l’émulation entre tous les salariés, proposer des parrains de course, de promenade ou de cyclisme, motiver les participants à se dépasser et pérenniser leurs efforts.

Depuis, chaque année, l’institut VIGeZ récompense les entreprises les plus innovantes dans l’amélioration de la santé de leurs salariés. En octobre dernier, le Trophée Santé a par exemple été remis à un consortium de 80 entreprises (Bedrijvenpark Kortrijk Nord) situées entre Courtrai et

Kuurne, qui organise de nombreuses activités pour le personnel : natation, jogging, yoga, ateliers nutrition, et une « noon walk » mensuelle consistant à aller à pied, dans l’une des 80 entreprises du secteur, se régaler d’un déjeuner 100% diététique et équitable.

Des ONG se sont également saisies de ce sujet de santé publique, le plus souvent en partenariat avec des financeurs institutionnels ; la phase de pilotage cherchant à prouver l’efficacité médico-économique de programmes de santé en milieu professionnel avant leur mise en place à plus grande échelle…

En Australie : un programme conçu par l’ONG « Healthy Business WA »

En Australie, comme dans tous les pays développés, les trois pathologies chroniques les plus répandues sont les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers. Du fait de son fort taux d’ensoleillement, l’Australie est notamment le pays le plus touché par le cancer de la peau.

Entre juillet 2003 et août 2005, sept sites industriels situés en Australie occidentale, et employant principalement des ouvriers, ont accepté de participer à un projet pilote conçu par l’ONG Healthy Business WA en partenariat avec un financeur public (Healthway) et des organismes spécialisés dans la prévention du cancer, des maladies cardiovasculaires et du diabète (le Cancer Council Western Australia, la Heart Foundation of Australia et Diabetes Western Australian).

Le projet pilote, gratuit pour les entreprises, incluait des séances de coaching individuel et collectif, des relances par mail et la présence d’un coordinateur santé dans chaque entreprise. Il poursuivait plusieurs objectifs : sport, diététique, arrêt du tabac et de l’alcool et protection solaire.

Après ces deux années de test, et avec le concours des chercheurs de l’Université Western Australia’s School of Population Health, l’ONG a publié des résultats extrêmement prometteurs : un travailleur en bonne santé serait jusqu’à 30% plus productif qu’un travailleur en mauvaise santé ; l’absentéisme dû à la maladie aurait été réduit de 21% ; et pour un dollar investi par l’employeur dans la prévention par la santé, le retour sur investissement varierait de 1,40 à 4,70$…

Forte de ce bilan, l’ONG a décidé de promouvoir des programmes enrichis et désormais payants auprès des entreprises. Ils incluent notamment du coaching sur des sujets très variés allant de l’activité physique, à la nutrition, la protection solaire, la dépendance à la cigarette et à l’alcool, et la santé mentale avec différentes hotlines thématiques et confidentielles, traitant de violences conjugales, méditation, problèmes relationnels et sexualité…

Une autre manière d’embarquer durablement un salarié dans un programme de coaching santé est de lui offrir des incitations, directes ou indirectes : trackers d’activité, monitoring des performances ou encore bonus allant de la réduction du ticket modérateur à des primes, voire à une remise consentie par l’assureur en santé…

Aux États-Unis : Omada Health, l’un des pionniers des programmes à bonus incitatifs

Dès 2005, une enquête de Deloitte Consulting menée auprès de 365 grandes entreprises basées aux Etats-Unis montrait que près de la moitié d’entre elles proposaient des programmes de coaching santé assortis de divers bonus pour leurs salariés. Une décennie plus tard, cette même étude menée auprès de 73 multinationales montre que ce taux atteint désormais 55%.

L’un des leaders américains de ce type de programmes de santé en entreprise s’appelle Omada Health. Son cœur de cible : les maladies chroniques, cardiovasculaires et depuis trois ans, la prévention du diabète de type 2 dit évitable par une meilleure hygiène de vie. Il faut savoir que le diabète est la 7ème cause de mortalité aux Etats-Unis : il génère 245 milliards de dépenses de santé et un américain sur trois est en situation de pré-diabète d’après l’American Diabetes Association…

« Prevent » est un programme blockbuster contre le diabète vendu par Omada Health aux employeurs pour leurs salariés. Il se déroule sur 16 semaines (minimum). Chaque participant est équipé d’un tracker d’activité et d’une balance connectée afin de pouvoir suivre ses progrès. Il bénéficie des conseils d’un coach personnel qui lui fixe des objectifs d’activité physique et d’équilibre alimentaire, par pallier, chaque semaine. Des séances en groupe permettent de comparer sa progression et de garder la motivation…

Lancé il y a près de trois ans, le programme Prevent permettrait une perte de poids de 5 % pour la moitié des participants et de 10 % pour un quart d’entre eux.

(Publication des résultats : http://www.jmir.org/2015/4/e92/ )

En France : une prise de conscience balbutiante

En France, certaines grandes entreprises ont déployé en interne, parfois sous la pression de leurs filiales à l’international, de véritables programmes de coaching santé et bien-être en entreprise. Mais ce type d’initiative reste marginale.

La plupart des entreprises françaises se focalisent sur la promotion du sport auprès de leurs salariés. Le foisonnement d’acteurs institutionnels œuvrant sur ce créneau le confirme : Conseil Interfédéral des sports d’entreprises CISE (qui fait le lien entre l’entreprise et les clubs sportifs), Assises du sport en entreprise (organisées par le Conseil interfédéral du sport d’entreprise au sein du CNOSF) ou encore, mission “sport et entreprise” mise en place par le MEDEF en 2008 (assortie du “Guide pratique du sport en entreprise” édité avec le CNOSF en 2012). Avec en point d’orgue, cette année, les premiers Jeux Mondiaux du Sport d’Entreprise à Palma de Majorque (du 1er au 5 juin 2016) ! Inscriptions : http://www.ffse.fr/news/jeux-mondiaux-d-ete-palma-de-majorque

Mais la santé et le bien-être des salariés ne se résument pas à la pratique d’un sport. Comme le prouvent ces expériences menées à l’international, pour être efficaces et durables, ce sont de véritables programmes qu’il faut déployer. La généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés (ANI) doit devenir l’opportunité pour le faire : les employeurs peuvent en effet s’appuyer sur leur assureur santé puisque les textes de l’ANI prévoient que les contrats issus d’un accord de branche doivent respecter « un degré élevé de solidarité ». Dans les faits, cela doit se traduire par l’affectation de « 2 % des cotisations de ces contrats au financement de prestations non contributives incluant la prévention santé. Ce sera l’occasion de réinventer la relation entre l’employeur et son partenaire santé, tous deux contraints de répondre à leurs obligations légales et en quête d’un retour sur l’investissement consenti en matière de bien-être et santé au travail.

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