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Fabien Aili de Docapost : un outil de sensibilisation aux mauvaises postures

On continue de l’appeler « mal du siècle » ! Le mal de dos concernerait  3/4 des salariés. Et selon eux, il serait surtout dû aux conditions de travail. Une solution originale permet de visualiser ses mauvaises postures, permettant d’apprendre à les corriger. Explications de Fabien Aili, responsable de développement chez Docapost.

En quoi Docapost est-elle engagée dans l’amélioration de la qualité de vie au travail (QVT) ?

Docapost est une filiale du groupe La Poste, orientée vers des services numériques aux entreprises (B2B), et spécialisée dans la création de plateformes de dématérialisation (numérisation, authentification, et transfert de documents).
Son pôle Innovation identifie de nouvelles opportunités de croissance pour le groupe et imagine ses futurs métiers. Les domaines de l’e-santé, de la qualité de vie au travail, et de la prévention des risques professionnels font partie de ses centres d’intérêt.
C’est dans ce cadre que nous avons créé la solution Digiprev, signifiant « le digital au service de la prévention ». Elle consiste à analyser la posture des salariés, quand ils sont assis ou debout à leur poste de travail. Plus généralement, nous travaillons sur des méthodologies et sur des objets connectés permettant aux salariés de faire un auto-diagnostic de leurs conditions de travail et un suivi de santé personnalisé.

À quoi sert Digiprev, votre outil d’analyse de la posture ?

digiprev

Grâce à une caméra et à des capteurs intégrés, Digiprev peut littéralement voir comment la personne est assise, ou comment elle se tient debout. Cette analyse de la posture concerne deux populations : les salariés et les télémédecins.

Le salarié a la possibilité de se voir, de face et de dos, sous l’apparence d’un avatar en 3D, comme dans un jeu vidéo. Il peut donc prendre conscience de la position réelle de ses membres, de ses articulations, de sa colonne vertébrale, de son bassin, etc. De plus, il peut repérer les zones sensibles, matérialisées sur le squelette par des couleurs qui indiquent leur niveau de tension ou de sollicitation.
Par exemple, si la tête est trop penchée, une zone rouge apparaîtra au niveau des vertèbres cervicales concernées pour indiquer un risque d’inconfort ou de douleur à court ou moyen terme. En revanche, les zones qui apparaissent en vert correspondent à une bonne position corporelle. Les situations intermédiaires apparaissent en orange. La couleur rouge vif est réservée aux fortes tensions décelables.

Quant aux télémédecins, ils ont la possibilité technique de recevoir ces images et ces alertes, à distance.

evaluation posturale

Comment les salariés utilisent-ils cette solution ?

Nos représentations colorées sont très parlantes pour l’usager, ce qui en fait un bon outil de prévention et de sensibilisation. Nos expérimentations montrent que les personnes qui détectent une zone rouge vif ont immédiatement tendance à adopter une position moins alarmante !
Pour aider l’utilisateur à se repérer, nous affichons à l’écran une posture de référence (debout ou assis). En fait, notre système mesure à chaque instant l’écart qui existe entre cette posture idéale et celle adoptée par le salarié. Un faible écart est donc représenté en vert, et un écart potentiellement douloureux en rouge.
Notre constat est que les personnes ont malheureusement tendance à changer une mauvaise position quand ils sont au stade de la douleur. Notre dispositif de sensibilisation les incite à en changer avant ce stade. Ce qui augmente leur bien-être au travail et réduit probablement les risques d’apparition de troubles musculo-squelettiques (TMS).

Quelle est l’importance du mal de dos dans le monde du travail ?

Rappelons que les actifs français travaillant dans un bureau passent en moyenne 6,7 heures chaque jour assis devant leur bureau* :

  • les 3/4 d’entre eux déclarent avoir eu mal au dos au cours des 12 derniers mois, dont près de 30 % de manière récurrente ;
  • 86 % des interviewés estiment que l’origine du mal est professionnelle. Leurs 3 principales perceptions des causes de ce mal de dos sont : une mauvaise posture au poste de travail (24 %), le stress et les tensions professionnelles (18 %), et la répétition de mauvais gestes a? son poste (12 %) ;
  • 59 % des personnes considèrent qu’elles n’ont pas une bonne posture sur leur siège ; les 2/3 des entreprises n’ont mis en place aucune action dédiée a? la prévention du mal de dos pour leurs salariés.

Comme on peut l’imaginer, le coût social des TMS est très important :

  • les 2/3 des personnes ayant souffert du dos sont allées voir au moins un médecin ou spécialiste pour soigner leurs douleurs dans l’année ;
  • la durée moyenne d’arrêt est de 31,5 jours ;
  • avant 45 ans, la lombalgie serait la première cause d’invalidité.

* Enquête La Boutique du Dos – OpinionWay (2015)

Ce dispositif place le salarié sous une certaine forme de surveillance. Comme cela est-il vécu ?

Il est vrai que Digiprev « regarde » le salarié à son poste de travail. En théorie, ce type de solution ouvre la possibilité technique de surveiller les temps de présence, ou le niveau d’implication, par exemple.
En réalité, selon nos tests, il est inutile d’observer une personne sur une journée complète. Par exemple, une personne assise à son bureau pourra être analysée pendant seulement 2 heures dans la journée, avec des résultats positifs. De cette manière, la personne n’a pas le sentiment d’être placée sous surveillance, dans un but productiviste. On peut donc imaginer que ce dispositif soit utilisé assez ponctuellement, dans un mode apprentissage, pour que le salarié puisse rapidement apprendre à corriger ses mauvaises positions.
Sur le marché, il existe d’autres solutions qui peuvent être ressenties comme très intrusives (capteurs sur le corps, sur le siège, sur les machines, etc.). À l’inverse, notre solution se trouve à une distance de 2 ou 3 mètres environ, sans contacts avec le corps, et se fait oublier rapidement.
Ce qui présente un avantage supplémentaire : les postures adoptées sont plus naturelles –l’usager ayant moins tendance à essayer de « gérer » les capteurs de façon artificielle. Sur le plan statistique, les mesures effectuées sont de ce fait plus représentatives des vrais comportements.
Au final, le bilan de nos premières expérimentations est globalement positif : notre dispositif n’est pas ressenti comme intrusif. Il est même parfois perçu comme plutôt ludique de par sa manière d’imiter le corps en temps réel. Et évidemment, il n’y a pas besoin d’expliquer longuement ou de former les personnes à son usage.

Quel pourrait être l’usage de Digiprev par des télémédecins ?

À l’origine de notre projet, nos équipes ont analysé des grilles de suivi médical de salariés ayant connu un arrêt maladie pour troubles musculo-squelettiques. Lors de leur retour à l’emploi, certains devaient être suivis par un médecin posturologue sur leur lieu de travail, en conditions réelles. Ces médecins effectuent leurs contrôles en remplissant des grilles d’observation (position sur le siège, posture adoptée, etc.).
Mais cette méthode est à la fois coûteuse sur le plan social, et peu représentative parce que trop ponctuelle. De plus, la personne n’est pas dans une situation très naturelle puisqu’elle se trouve placée sous le regard d’un médecin. Enfin, ces observations sont parfois subjectives : elles varient d’un médecin à l’autre puisqu’il n’y a pas de mesures instrumentales.
À l’inverse, une solution comme la nôtre permettrait à un télémédecin de procéder à ces observations à distance, de façon éventuellement prolongée ou par période. Il disposerait en outre de mesures précises, faites par l’appareil, ce qui lui apporterait des données diagnostiques plus nombreuses et plus fiables.
Nous avons donc conservé ce principe de grille d’observation, auquel nous avons ajouté un mode de remplissage automatique. Sur cette base, un télémédecin pourrait également faire une sorte de coaching à distance, et prodiguer des conseils personnalisés.

À quel niveau de développement se trouve actuellement Digiprev ?

La première version date de début 2016. Nous exploitons de façon originale le Kinect de Microsoft, qui est conçu pour analyser les mouvements d’une personne en train d’interagir avec un jeu vidéo. Cette plateforme constitue aujourd’hui un écosystème technologique très évolué, et peu coûteux en raison de sa vaste diffusion mondiale.
Aujourd’hui, les images s’affichent sur un PC dédié à cet usage, mais on peut imaginer de les rendre disponibles sur celui de l’usager. Notre solution est opérationnelle mais n’est pas encore commercialisée : elle est en cours d’expérimentation et ouverte à d’éventuelles initiatives extérieures.
Avec certains industriels, notamment dans le domaine automobile, nous avons procédé à des mesures complémentaires sur la base de capteurs. Ceux-ci sont placés sur le corps du travailleur, quand il manipule des charges relativement lourdes. Ces données sont ensuite intégrées dans notre modèle de mesure et de représentation graphique.
Nous avons également engagé des échanges scientifiques avec des médecins et des chercheurs, dans le but de valider nos observations et d’affiner nos méthodes. À terme, l’objectif est d’obtenir une caution médicale pour notre solution.
Nous réfléchissons aussi à l’usage qui pourrait être fait de Digiprev dans le cadre de mesures objectives de la pénibilité au travail.

Le pôle Innovation de Docapost est-il engagé dans d’autres recherches sur la QVT ?

Nous travaillons effectivement sur deux projets complémentaires :

  1. Pep’s : une application pour smartphone et tablette, qui permet de noter le bien-être et la qualité de vie au travail dans certaines situations ;
  2. Bilan Santé Entreprise : autour de l’opportunité qu’offrent les objets connectés à vocation médicale ou de bien-être au travail. L’idée étant de donner au salarié la possibilité de faire des auto-bilans, sur la base des données recueillies, et via une plateforme numérique sécurisée et garantissant l’anonymat à ses utilisateurs.

Ces produits et services sont encore au stade expérimental. Ils font partie d’une réflexion plus globale, centrée sur la qualité de vie au travail.

Mots clés :
Prévention santé
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