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Faut-il avoir peur de l’IA ?

C’est un constat, l’intelligence artificielle fait (encore) peur. Dans les médias, les déclarations alarmistes font souvent les gros titres. Dans l’entreprise, les salariés sont peu enclins à travailler avec une IA (44%*) et craignent un impact négatif sur la qualité de vie au travail (60%*) ou une déshumanisation (56%*). Alors menace ou opportunité, que penser de l’IA ? Et comment s’y retrouver entre les technophiles, qui voient dans l’IA la dernière grande révolution de l’humanité et de l’autre, les Cassandre qui redoutent un scénario catastrophe de prise de pouvoir des robots ? Faut-il vraiment redouter l’âge de l’IA ?

Depuis sa première conceptualisation par le mathématicien Alan Turing en 1950, l’Intelligence Artificielle, fascine les scientifiques, les romanciers et le grand public. Machine à fantasmes, elle ouvre tous les champs des possibles et permet tous les scenari. Au risque de faire peur pour rien ?

Les prophètes de la cyber apocalypse

On ne compte plus depuis un demi-siècle les histoires de créatures robotiques super-intelligentes prenant le pouvoir sur l’être humain. Qui n’a pas frémi devant la toute-puissance du cruel HAL 9000 de 2001 : l’odyssée de l’espace, des IA de Matrix ou du robot tueur de Terminator ? Ce fantasme est alimenté par des personnalités, et pas des moindres, prenant la parole publiquement pour annoncer le prochain Armageddon piloté par des robots. Le regretté physicien Stephen Hawking pensait ainsi que « le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’espèce humaine ». Pour Elon Musk, le patron de Tesla, l’IA est tout simplement « le plus grand risque auquel notre civilisation sera confrontée ». Quant à Bill Gates, il « ne [comprend] pas pourquoi les gens ne sont pas inquiets » au sujet du potentiel d’une intelligence dépassant celle de l’être humain.

Le rêve de l’homme augmenté

D’autres encore pensent que ces progrès constituent une avancée inéluctable qui fera passer l’homme à une nouvelle étape de son évolution. Yuval Noah Harari, l’historien israélien et auteur du best-seller Homo deus, une brève histoire de l’avenir, prévient ainsi du risque d’une apparition d’une humanité à deux vitesses. Les développements de l’intelligence artificielle et des biotechnologies risquent selon lui de produire une couche de « surhommes augmentés » dominant le monde et transformant le reste des homo sapiens en « classe inutile ». Une vision partagée par le docteur Laurent Alexandre, conférencier remarqué et auteur de La guerre des intelligences, qui se demande ce qu’il adviendra à l’avenir « des gens avec moins de 150 de QI ». Sa réponse est cinglante : « rien. ». Pour ces transhumanistes, une seule alternative : l’être humain doit s’adapter et épouser le progrès s’il veut rester dans la course avec les machines. Quitte à recourir à des implants cérébraux intrusifs, comme ceux déjà conçus par la société de Elon Musk, Neuralink, qui permettent de connecter l’être humain à internet et d’augmenter ses capacités intellectuelles.

Le travail en première ligne

Puisque c’est d’intelligence qu’il s’agit, au-delà des risques existentiels pour l’être humain, c’est le travail qui concentre toutes les inquiétudes. Là encore, les nouvelles peuvent paraître a priori peu rassurantes. Selon une étude de l’Université d’Oxford, 47% des emplois présenteraient une probabilité d’automatisation forte aux Etats-Unis à l’horizon 2034. Et donc à terme un risque de disparition. En France, ce sont près de 3 millions d’emplois qui seraient menacés par l’automatisation d’ici à 2025. Au-delà de cette destruction d’emplois, les salariés craignent que l’irruption de l’intelligence artificielle dans leur travail quotidien leur fasse perdre en autonomie et en qualité de vie au travail.

Puissance de calcul et avalanche de données

Un frisson parcourt actuellement toute la société : celui de devoir s’effacer devant des algorithmes spécialisés exploitant une fantastique et permanente collecte de données. Ce qui rend notre époque singulière, c’est un croisement inédit entre cette abondance de données les plus diverses et une puissance de calcul démultipliée. Les machines n’ayant pas de limite de mémoire ou de calcul, elles surperforment implacablement l’être humain. Elles sont capables de mieux analyser, traiter et recouper ces données tout en générant moins d’erreurs et en s’améliorant plus vite. Elles peuvent prédire ce que l’homme n’est pas capable de prédire. Comme l’explique le mathématicien et député LREM de l’Essonne Cédric Villani auteur d’un rapport parlementaire sur l’IA, « le grand changement promis par l’intelligence artificielle c’est celui de l’efficacité ».

Le grand changement promis par l'intelligence artificielle c’est celui de l'efficacité.

Tous les métiers concernés

Par conséquent, l’émergence de l’intelligence artificielle ne concerne pas seulement les simples tâches répétitives. Presque tous les métiers, y compris les plus prestigieux, sont aujourd’hui concernés. La comptabilité a déjà basculé dans l’ère de l’automatisation. Dans le domaine médical, des IA sont déjà capables de diagnostiquer le cancer du poumon avec 90% exactitude, quand les médecins humains ne dépassent pas les 50%. Les avocats voient eux aussi arriver des moteurs d’intelligences capables de synthétiser des années de décisions de justice et de textes réglementaires. Dans la finance, les algorithmes pilotant le trading haute fréquence font la fortune de leurs créateurs en réalisant des millions d’opérations chaque seconde. L’IA sonne-t-elle définitivement le glas du travail de l’être humain ?

Un futur moteur de la création d’emplois

Ce n’est pas l’avis de tous. A l’inverse de ces prédictions inquiétantes, certains spécialistes pointent du doigt le fantasme collectif d’une super intelligence qui surestime les capacités des machines. « Même les geeks veulent trouver Dieu quelque part », s’amuse par exemple Yann LeCun, responsable du centre FAIR, le Facebook Artificial Intelligence Research. Pour eux, l’IA sera avant tout une formidable source d’opportunités et de travail. « Le progrès technologique est porteur d’emploi ! », rappelle l’économiste Nicolas Bouzou. L’histoire de l’innovation est ainsi faite : des pans entiers d’activité disparaissent pour donner naissance à de nouveaux secteurs très dynamiques. L’IA ne devrait pas déroger à la règle. À l’heure actuelle, les systèmes de reconnaissance d’images et de compréhension du langage naturel, les chatbots notamment, sont déjà en plein boom. Dans un futur assez proche, de nouvelles innovations iront encore plus loin et généreront une activité débordante en impactant profondément la société : voitures autonomes, assistants personnels artificiels, traducteurs automatiques en temps réel… Un véritable vivier d’emplois potentiels. Seule condition pour profiter de cette dynamique : que la population active soit suffisamment formée aux nouveaux métiers et capable d’intégrer le progrès technologique dans ses pratiques professionnelles. « L’intelligence artificielle va supprimer des tâches, pas des emplois », résume le philosophe et ex-ministre Luc Ferry.

L'intelligence artificielle va supprimer des tâches, pas des emplois.

Complémentarité homme-machine

Pour qu’adviennent ces lendemains qui chantent, la communication homme-machine demande encore toutefois à être améliorée. « Sous réserve que l’accent soit porté sur une complémentarité capacitante entre l’humain et la machine, l’automatisation des tâches peut être mise au service d’une désautomatisation du travail humain », souligne ainsi Cédric Villani. Pour Jérôme Monceaux, co-créateur des célèbres robots Nao et Pepper, « les gens vont accepter les machines quand ils trouveront naturel et instinctif d’interagir avec eux ». Ce champ de recherche constitue là encore un domaine potentiellement porteur d’emplois.

Le chaînon manquant

Qu’ils soient pessimistes ou optimistes, tous les penseurs de l’IA se retrouvent sur plusieurs points. Tout d’abord, celui de l’impossibilité de dire aujourd’hui avec précision de quoi demain sera fait. L’IA forte et autonome reste un horizon lointain et incertain. Personne ne sait jusqu’où il est possible d’aller et comment y aller. Car, entre l’être humain et l’IA, reste aujourd’hui un chaînon manquant mystérieux et complexe, un fossé très difficile à combler : le sens commun. Les êtres vivants connaissent d’instinct, certaines conséquences de leurs actions dans le monde physique et adoptent naturellement certaines réactions, comme fuir le danger par exemple. Ce n’est pas le cas des IA qui ont besoin d’apprendre absolument tout de zéro. La machine reste donc pour l’instant totalement dépendante des humains qui doivent les nourrir en données pertinentes et faire leur apprentissage du monde. Domaine qui devrait demain, une fois encore, occuper de nombreux actifs.

Ne pas rater le coche

Tous les experts s’entendent sur une autre certitude : celle que, quel que soit le scenario, l’IA constituera une évolution technologique majeure des années à venir. Avec des impacts considérables pour la société dans son ensemble. Coincés entre la Sillicon Valley et la Chine, qui vient d’investir 13 milliards dans l’IA en 3 ans, La France et l’Europe se doivent donc d’agir à leur tour au plus vite. La formation des professionnels et dirigeants à l’IA et l’investissement pour créer ou soutenir des acteurs européens doivent être accélérés. Autre champ prioritaire : l’adoption de mesures de précaution éthique face à cette technologie puissante. Une dualité que résume à merveille Laurence Devilliers, chercheuse en interaction humain-machine au LIMSI-CNRS : « parce que l’intelligence artificielle est source de progrès social et d’emplois, les machines peuvent élever l’humain ». Mais de préciser : « la question fondamentale, c’est de savoir ce qu’on veut faire avec les machines pour mieux vivre ensemble. Il faut mettre l’humain au centre ».

 

La question fondamentale, c’est de savoir ce qu’on veut faire avec les machines pour mieux vivre ensemble. Il faut mettre l’humain au centre.
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