Interview
7 min

Sortir indemne de sa transformation digitale

Devant l’essor de l’économie numérique et de ces nouveaux acteurs disruptifs (GAFA, NATU…), les entreprises se sont lancées dans la course à la transformation digitale. Bien accueillie par la génération des digital natives, elle est, toutefois, loin de faire l’unanimité chez leurs ainés qui, habitués au business model classique, se sentent fragilisés dans leur travail. Fort de son expérience au sein de nombreuses entreprises, Olivier Bas, vice-président de Havas Paris, a rassemblé, dans son nouvel essai #liketonjob, une série de conseils à suivre pour redonner aux salariés la maitrise de leur travail et vivre avec bonheur cette transformation digitale. Rencontre.

En quoi la transformation digitale fragilise-t-elle les salariés ?

Remarquons d’abord la relation schizophrène que l’on entretient avec cette transformation digitale. En tant que consommateur, nous nous réjouissons d’accéder, en quelques clics, à une pluralité d’offres et de services qui se renouvèlent sans cesse. Nous sommes ainsi ravis de ne plus être obligés de pousser un caddie, d’attendre plus de cinq minutes un taxi ou de passer des heures à chercher un hôtel au meilleur prix. Mais si nous appelons de tous nos vœux cette révolution qui simplifie nos vies, dans le même temps, nous redoutons la transformation qui maltraite notre travail. Dans 10 ans, 50% des métiers auront disparu ou se seront transformés. Dans quelques années, avoir un bureau, un chef, des horaires de travail, un employeur, seront peut-être des notions très relatives. Devant tous ces changements organisationnels et technologiques qui bouleversent le monde du travail, il est normal que les salariés se sentent fragilisés.

Mais les digitals natives et a fortiori la génération Z biberonnée au numérique, sont moins impactés que leurs ainés …

Je ne dirais pas ça. L’âge n’est pas un facteur d’adhésion ou de rejet du digital. On peut résister ou s’adapter à tout âge. Il y a, dans certaines entreprises, une forme de jeunisme technologique, associé à un jargon digital souvent incompréhensible par les non-initiés. Ainsi, nous devons être « user centric », travailler en mode « SCRUM » et entretenir notre agilité grâce à des approches « test and learn ». On pourrait en rire sauf que ce nouveau langage et sa maîtrise sont presque discriminatoires. Comme si le monde était réparti entre deux camps : les modernes vs les « has been ». Les entreprises ne doivent pas choisir entre le monde des anciens utilisateurs du minitel d’un côté et celui des digitales natives de l’autre. Bien au contraire, chaque génération à une partition à exprimer et un rôle à jouer. Dépassons les incompatibilités générationnelles. Il nous faut l’expérience des anciens et la volonté d’expérimenter des plus jeunes. Les séniors ne sont pas uniquement là pour nous rappeler les enseignements du passé et les jeunes ne sont pas les seuls oracles à pouvoir nous dévoiler le sens du futur. Cessons de vouloir bâtir le meilleur des mondes, mettons plutôt en musique le meilleur des deux mondes. Dans 3 ans, 50 % des actifs seront issus de la génération Y. Faisons de cette mixité générationnelle une force. N’excluons pas, incluons. Ne fragilisons pas en opposant, créons de la cohésion en apposant. Bref, laissons tomber le « ou » et adoptons le « et ».

Les séniors ne sont pas uniquement là pour nous rappeler les enseignements du passé et les jeunes ne sont pas les seuls oracles à pouvoir nous dévoiler le sens du futur.

Certes, mais comment parvenir à cette complémentarité intergénérationnelle si la transformation digitale suscite autant d’inquiétudes ?

La transformation digitale est une révolution culturelle car elle remet en cause notre manière de se comporter et de penser. C’est une culture de l’agilité, du collaboratif, de la prise de risque. Pour réussir à s’adapter à cette nouvelle culture, il faut changer notre regard et miser sur nos émotions positives : la joie, la fierté, la reconnaissance. Les entreprises doivent activer ces ressorts émotionnels positifs pour contrebalancer les affects négatifs comme la peur. La peur de se tromper, de ne pas être à la hauteur, d’être jugé, si cette peur reste l’émotion dominante, alors se former, apprendre, expérimenter, susciteront toujours autant de réticences. Il est temps de remplacer la peur de l’échec par le plaisir de l’essai.

La transformation digitale est une révolution culturelle car elle remet en cause notre manière de se comporter et de penser.

Changer de regard, valoriser ses émotions positives, demandent du temps et de la distance… avec l’immédiateté numérique c’est pas gagné !

Les émotions ont un rôle à jouer dans cette digitalisation de la vie des entreprises, encore faut-il combattre le stress lié à l’urgence et à la perte des relations humaines dans le travail. Regarder la folie des mails. Nos messageries sont devenues des « machines à embrouille ». Formules sèches, sans préambule, destinataires pléthoriques diluant toute responsabilité, réponses hâtives pour maintenir l’autre à distance. Nous avons le sentiment que pour être efficace et rapide il est préférable de « mailer » plutôt que de converser. Nous préférons souvent jeter à la figure de nos voisins de bureaux des injonctions électroniques plutôt que de traverser le couloir pour leur parler. A travers cette effervescence quotidienne, les outils numériques entretiennent l’illusion de l’efficacité. On se croit efficace et agile alors qu’on se disperse. Ce zapping intellectuel nécessite beaucoup plus d’efforts car notre cerveau doit répondre à une multitude de stimuli en tout genre et contrairement aux idées reçues, il ne sait faire qu’une seule chose à la fois ! Ce papillonnage inefficace nous contraint à allonger nos journées de travail et à faire de nous les victimes épuisées de soirées improductives. Gardons à l’esprit que l’épuisement professionnel des salariés trouve en partie son origine dans le sentiment d’isolement et l’urgence permanente.

Une bonne pratique en particulier pour bien vivre cette révolution digitale ?

Revenir aux basiques : une chose après l’autre, de la réflexion avant toute action, du temps dédié à chaque chose. Des règles simples, une hygiène du bon sens. Ce n’est peut-être pas furieusement tendance mais c’est bigrement efficace !

Votre essai est-il un guide spirituel ou un manuel pratique ?

Ce livre est un manuel spirituel qui concilie réflexion et action. Je pense que le progrès ne doit pas nous empêcher, au nom du modernisme, de réfléchir à ses effets. Et cette réflexion sur l’usage et l’impact du digital dans notre travail ne doit pas nous conduire à résister, mais à réinventer nos manières de faire.

Olivier Bas, Vice-Président d’Havas Paris et enseignant à la Sorbonne Nouvelle-Paris III, aime à se définir comme un « créateur d’envie ». Il a accompagné près de 200 entreprises et leurs dirigeants dans leur transformation. Partageant ainsi le quotidien professionnel de milliers de salariés. C’est de cette expérience que sont nées l’idée et la matière du livre # like ton job, comment vivre avec bonheur la transformation digitale. Il est aussi l’auteur de « l’Envie, une stratégie » (Dunod – 2015).

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