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Salariés aidants : une reconnaissance encore timide en entreprise

La situation « d’aidant », ça vous parle ? Selon notre étude sur les fragilités des salariés, 2 salariés sur 10 s’occupent régulièrement d’un membre de leur famille dépendant ou malade, un chiffre qui a doublé en 10 ans. Zoom sur ce phénomène de société qui concerne peut-être une personne de votre entourage ou bien vous-même directement.

D’après le Code de l’action sociale et de la famille, un « aidant familial » peut être le « conjoint, le concubin, la personne avec laquelle le bénéficiaire a conclu un pacte civil de solidarité, l’ascendant, le descendant ou le collatéral jusqu’au 4e degré du bénéficiaire, ou l’ascendant le descendant ou le collatéral jusqu’au 4e degré de l’autre membre du couple qui apporte de l’aide humaine et qui n’est pas salarié pour cette aide. » Mais dans son acceptation la plus récente, la position d’aidant est aussi reconnue sans lien de parenté avec la personne malade.

Le vieillissement de la population, le recul de l’âge de la retraite, l’amélioration des traitements médicaux permettant le maintien à domicile, tous ces facteurs accroissent année après année la part de Français « aidants ». Si elle est souvent provisoire, la situation d’aidant n’en est pas moins l’une des préoccupations personnelles majeures des salariés. Souvent lourde à assumer, c’est la deuxième fragilité d’ordre personnel évoquée par les salariés de notre étude sur les situations de fragilités en entreprise, après les difficultés financières et devant les maladies graves et affections de longue durée. La position d’aidant fait encore peu parler d’elle.

Un arsenal législatif qui tend à s’étoffer Depuis quinze ans, l’Association Française des Aidants, créée en 2003, milite pour la reconnaissance du rôle et de la place des aidants au travers d’actions de lobbying auprès des pouvoirs politiques et des institutions. Elle s’évertue également à déployer des actions de formation et des ateliers, ainsi qu’à nouer des partenariats avec d’autres structures dédiées aux aidants. Florence Leduc, sa présidente depuis 2009, explique : « Sur le plan juridique, la reconnaissance du statut d’aidant s’est faite au fil du temps par à-coups, avec l’accès à certains droits en matière de fiscalité, de cotisation retraite, de congés… Tout l’enjeu est aujourd’hui de les rassembler dans un seul et même corpus de textes pour améliorer leur visibilité. »

Une fragilité méconnue dans la sphère professionnelle

En février dernier, une loi autorisant le don de jours de congés aux salariés aidants a mis un petit coup de projecteur sur le sujet en entreprise. La position d’aidant impacte de différentes façons la vie professionnelle de ceux qui la subissent : en premier lieu, difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle, mais aussi dégradation de la qualité de vie au travail, réduction de l’engagement et de la productivité de l’aidant sont les conséquences les plus fréquemment constatées. Malgré ce constat, « la position d’aidant reste mal appréhendée, voire ignorée dans la plupart des entreprises », regrette Florence Leduc. « En l’absence de sensibilisation sur le sujet, beaucoup d’aidants salariés ne communiquent pas sur leur état auprès de leur hiérarchie ou de leurs collègues. En outre, un certain nombre de personnes n’ont tout simplement pas conscience de leur situation d’aidant. »

Une sensibilisation à mener en interne

La communication autour du sujet et la formation des parties prenantes en entreprise (RH, assistance sociale, représentants du personnel…) est une étape primordiale à mener en interne pour repérer les aidants et inciter les salariés dans cette situation à se manifester : campagnes d’affichage et d’information internes, inscription du sujet dans la politique de RSE de l’entreprise ou dans sa charte sociale comptent parmi les principales initiatives de communication menées par les quelques bonnes élèves ayant engagé des démarches en la matière. « Aujourd’hui ce sont surtout des grandes entreprises qui déploient des solutions d’accompagnement à l’intention des aidants. Les moyens utilisés varient : certaines passent par des accords d’entreprise, d’autres privilégient le sur-mesure proposent des dispositifs individualisés. Les solutions proposées peuvent être internes ou externes à l’entreprise. »

Les bons élèves

Les entreprises Sanofi, Novartis, Gestform, la Mairie de Toulouse ainsi que la Maison de Santé Protestante de Bordeaux Bagatelle se sont distinguées sur le sujet à l’occasion de la 2e édition du Prix Entreprise & Salariés Aidants organisé par Alteus Conseil en octobre 2017. Elles ont déployé un ensemble de projets en faveur d’une meilleure reconnaissance des salariés aidants familiaux : plateforme d’assistance et d’écoute, don de jours de congés « avant l’heure », fonds dépendance, contrat d’assurance dédié, organisation du travail spécifique, formation, colloques, documentation interne, mise à disposition d’un professionnel dédié… des initiatives dont devraient s’inspirer l’ensemble des acteurs économiques pour accompagner ce qui sera, d’ici quelques années, un véritable phénomène de société. D’après nos enquêtes, dans dix ans, un salarié de plus de 40 ans sur trois sera en situation d’aidant.


Le don de jours de congés ouvert aux aidants

Depuis le 15 février 2018, la loi « créant un dispositif de don de jours de repos non pris au bénéfice des proches aidants de personnes en perte d’autonomie ou présentant un handicap » étend le don de jours de repos aux aidants. Anonyme et sans contrepartie, il permet à un salarié de donner un ou plusieurs RTT, congé payé ou jour de récupération à un collègue faisant face à une situation d’aidant d’un proche (conjoint, concubin, partenaire de Pacs, ascendant, descendant, personne âgée ou handicapée avec qui il entretient un lien « étroit et stable ») qui « présente un handicap ou une perte d’autonomie d’une particulière gravité ». Ce mécanisme était jusqu’à présent réservé au salarié parent d’un enfant malade. Le don est soumis à l’accord préalable de l’employeur. Son bénéficiaire a droit au maintien de sa rémunération pendant son absence.

Coorganiz accompagne les aidants dans la gestion de leur emploi du temps

Solution d’organisation à plusieurs, destinée aux particuliers, l’appli Coorganiz a pour particularité de disposer d’un module spécifique à l’attention des aidants. « Ce carnet de liaison digital permet à l’ensemble des intervenants de l’écosystème du malade – auxiliaires de vie, kinés, infirmières, proches, personnel de livraison de la société de portage des repas – de communiquer ensemble via cette interface web simple d’utilisation », explique la cofondatrice de Coorganiz Emma Berger, qui connait bien le sujet pour avoir elle-même traversé une épreuve d’aidante. D’après son expérience personnelle et plusieurs études menées dans le cadre du développement de Coorganiz, « les aidants passeraient en moyenne 1h15 par jour à planifier l’organisation autour de la personne malade. Coorganiz a été pensé pour alléger le poids du stress inhérent à cette charge de planification en épaulant l’aidant à mieux organiser la semaine ». L’appli permet d’informer d’un seul tenant tout l’entourage du malade après chaque visite, d’envoyer des alertes et notifications en temps réel, des rappels… En simplifiant la logistique et en prévenant les « ratés » (information médicale non ou mal transmise, fiche de soin mal suivie, rendez-vous « manqué » ou erreur de planning »…) d’améliorer le quotidien de l’aidant mais aussi le traitement de la personne malade. En plein développement, Coorganiz est en cours de certification pour pouvoir échanger des documents médicaux sur la plate-forme.

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