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Le cancer du sein au travail, parlons-en !

La campagne mondiale de sensibilisation sur le cancer du sein, « Octobre rose », est l’occasion de rappeler l’importance du maintien dans l’emploi ou de la réinsertion professionnelle dans l’amélioration de la qualité de vie des femmes confrontées à la maladie.

 L’objet premier de la campagne mondiale de sensibilisation « Octobre rose », lancé il y a 23 ans par Evelyn, H-Lauder, ancienne vice-présidente de la société Estée Lauder , est d’informer de l’importance d’un dépistage précoce. Si avec 54 000 nouveaux cas dépistés en 2015[1] en France, le cancer du sein reste le premier cancer féminin, l’incidence de ces cancers tend à diminuer et leur taux de mortalité a très fortement chuté, passant de 30-35 % en 1980 à 7-10 % aujourd’hui[2]. Cet allongement de l’espérance de vie des malades témoigne bien sûr des progrès thérapeutiques accomplis ces dernières décennies. Mais il résulte aussi, pour une large part, de l’efficacité des campagnes de dépistage. Détectés à un stade précoce, 9 cancers sur 10 peuvent en effet désormais être guéris.

Objectif n°9 : le retour à l’emploi

« Octobre rose » est aujourd’hui relayé dans 70 pays et porté en France par l’association « Le Cancer du sein, Parlons-en ! »[3]. L’occasion, tous les ans, d’informer le grand public et de réunir des fonds pour la recherche ainsi que pour tous les organismes œuvrant à l’amélioration de la qualité de vie des malades. Améliorer la qualité de vie des personnes confrontées à la maladie c’est également la vocation du Plan Cancer 2014-2019 qui, dans son objectif N°9, se fixe pour cible d’augmenter de 50 % les chances de retour à l’emploi deux ans après l’annonce du diagnostic, d’ici 2020. La question est particulièrement prégnante pour le cancer du sein qui touche majoritairement des femmes âgées de 50 à 65 ans. La moitié des femmes frappées par la maladie est donc en activité au moment du diagnostic. Un an plus tard, 60 % retravaillent ou ne se sont jamais arrêtées.

Travailler avec un cancer

« L’arrêt de travail n’a pas en soi de vertu thérapeutique, commente Roman Rouzier, directeur médical du pôle sénologie de l’Institut Curie. Au contraire, puisqu’il favorise les principaux effets délétères que sont la prise de poids et la sédentarité. En théorie, le maintien dans l’activité professionnelle est  donc une bonne chose. Il s’avère plus complexe dans la pratique. Beaucoup de femmes se disent frustrées de ne pouvoir progresser, souffrent de fatigue voire de dépression. Mieux vaut donc parfois s’accorder une pause le temps du traitement ou de la convalescence car rien n’est pire que l’échec du retour au travail ».

Un système de soins mobilisé

Selon le Professeur Rouzier, le système de soins sait pourtant parfaitement s’adapter aux contraintes professionnelles des patientes en activité, en programmant, par exemple, les traitements, en début ou fin de journée ou en fin de semaine. Equipes médicales et acteurs de la lutte contre le cancer sont également à l’origine de plusieurs initiatives visant à améliorer l’accompagnement et l’information des salariés, des médecins du travail et gestionnaires des Ressources humaines sur les difficultés et les enjeux du retour au travail après les traitements. Un livret d’information[4], a, par exemple, été édité par la Fondation Arc qui, réalisé sur la base du retour d’expérience de 402 salariés, réunit témoignages, conseils d’experts et informations pratiques. L’Institut Curie a également mis en place, depuis 2013, un programme de coaching pour accompagner les patientes s’apprêtant à reprendre une activité professionnelle. « Une étude sera lancée début 2017, avec l’aide de notre partenaire Malakoff Médéric, pour évaluer l’efficacité de ce dispositif et pour étudier les moyens d’élargir ce coaching au plus grand nombre, confie Roman Rouzier.  Le protocole est en cours de validation et les premiers résultats attendus courant 2020.  Nous réfléchissons en parallèle à des programmes d’accompagnement des entreprises, car il n’existe quasiment pas, à ce jour, de passerelles entre le système de soin et le monde du travail. »

Des entreprises désemparées

En effet, selon les conclusions d’une étude menée par l’Ifop[5] : « Seule une minorité d’entreprises ont mis en place des outils spécifiques à l’accompagnement des salariés en situation de maladie grave. » L’explication de ce  manque est assez évidente. La maladie, d’une façon générale, et le cancer, en particulier, restent tabous dans l’univers professionnel plutôt dédié, par nature, à la performance et à la compétitivité. Le manque de communication est ainsi l’une des principales difficultés relevée par l’étude qui préconise à la fois d’améliorer la formation et l’information des services des Ressources Humaines, de favoriser une meilleure sensibilisation de l’entreprise, dans son ensemble, et d’assurer un soutien optimal des salariés concernés.

 La mobilisation doit être collective

Au-delà des dispositions légales prévues par la loi : aménagement du poste ou des horaires de travail, reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, formation… de nouvelles solutions pourraient être mises en œuvre au sein de l’entreprise, avec l’aide d’organismes spécialisés, de médecins « externes », des mutuelles. « Cette coopération est importante car chacun a sa vision des choses, reprend Roman Rouzier. De plus, il n’existe pas de parcours formalisé. Chaque cas est unique et appelle des réponses individualisées. »

De premières pistes d’actions

Précurseurs, les groupes Altran, Axa, Elior, Novartis, Roche et SNCF se sont engagés aux cotés de Cancer@Work[6], première association de dirigeants d’entreprises dédiée  au maintien dans l’emploi des personnes touchées par le  cancer  pour développer le programme expérimental « Pionniers ». Axé sur une démarche d’intelligence collaborative entre dirigeants, managers et salariés,  ce programme a déjà permis de sensibiliser 300 000 personnes depuis 2013 et a donné lieu à plusieurs  actions concrètes : mise en place d’un système de dons de jours de repos entre collaborateurs chez Roche, organisation de conférences sur les maladies chroniques invalidantes chez Altran, institution d’un congé de proximologie pour les salariés accompagnant un proche dépendant chez Novartis, co-construction avec les salariés de plans d’action à la SNCF, chez Axa France …  Favorisant l’échange de bonnes pratiques et l’engagement des entreprises, via sa charte Cancer@work, l’association est quant à elle à l’origine d’un baromètre destiné à mesurer les avancées et à analyser les attentes de la population active sur ce sujet.

Encore trop rares, ces initiatives témoignent malgré tout d’une véritable volonté de l’entreprise d’innover pour une meilleure prise en compte du cancer et des maladies chroniques évolutives dans la sphère professionnelle. Il y a donc fort à parier que ces pionniers ne tarderont pas à faire des émules. D’autant qu’avec le vieillissement de la population et l’allongement de la durée du travail, le cancer devrait rapidement s’imposer comme un enjeu managérial autant que de santé publique.


Pour aller plus loin

Le cancer du sein en chiffres[7]
54 000 nouveaux cas estimés en France en 2015
63 ans : âge moyen au diagnostic :
86 % sont en vie 5 ans après le diagnostic

[1] Source : Institut Curie
[2] Source : Institut Curie
[3] http://www.cancerdusein.org/
[4]  « Préparer, anticiper et accompagner le retour au travail après un cancer » http://curie.fr/sites/default/files/le_retour_au_travail_2014_0.pdf
[5] Enquête menée auprès de directeurs des Ressources Humaines pour Malakoff Médéric et publiée en mai 2016
[6] http://www.canceratwork.com/
[7] Source Institut Curie

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