Synthèse
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Pourquoi n’arrive-t-on pas à infléchir l’absentéisme maladie en entreprise ?

Notre analyse annuelle basée sur les Déclarations Annuelles des Données Sociales (DADS) des entreprises clientes porte sur près de 2 millions de salariés dans 61 000 entreprises. Elle est complétée par trois études approfondies auprès de salariés, de dirigeants et de médecins généralistes. L’enjeu est de taille car l’absentéisme maladie affecte plus du tiers des salariés pour une durée moyenne d’arrêt maladie de 35,5 jours calendaires. Et ce n’est pas un phénomène nouveau. Alors pourquoi ne progressons-nous pas ? Les 5 principaux enseignements des études et données.

ENSEIGNEMENT N° 1 | Les indicateurs clés de l’absentéisme et les principaux motifs des arrêts pour maladie

Au cours de l’année 2016, 34,1 % [1] des salariés ont été absents au moins une fois pour maladie. Pour une entreprise de 1 000 salariés, ces arrêts maladie représentent près de 43 équivalents temps plein. Ces résultats sont en légère hausse par rapport à 2015 (34,5 % de salariés absents pour une moyenne de 35,3 jours) et en 2014 (34 % de salariés absents pour une moyenne de 35,2 jours).

Les trois principaux motifs d’arrêts sont pour 28 % la maladie ordinaire (65 % des arrêts courts), pour 18 % des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) (23 % des arrêts moyens) et pour 17 % des troubles psychologiques ou une grande fatigue [2] (21 % des arrêts moyens ).

Lorsque l’arrêt de travail est lié à la vie professionnelle, les trois principaux facteurs aggravant la probabilité d’absence sont : un travail perçu comme nerveusement fatigant (26 % de chances en plus que les salariés soient arrêtés au moins une fois dans l’année),  plusieurs changements de travail vécus dans l’année (21 % de chances en plus), et des conditions de trajet difficiles (32 % de chances en plus).

ENSEIGNEMENT N° 2 | Des causes multifactorielles qui mélangent souvent vie professionnelle et vie personnelle 

La population des 30-39 ans est la plus concernée par l’absentéisme avec 37,8 % des salariés ayant eu au moins un arrêt de travail (contre 28,5 % pour les moins de 30 ans, 34,3 % pour les 40-49 ans et 36,1 % pour les plus de 50 ans). La durée moyenne de leur absence est de 29,5 jours, soit 6 fois moins que la moyenne. Les trentenaires doivent concilier leurs responsabilités familiales (jeunes enfants) et leur désir d’évolution de carrière professionnelle. Par ailleurs, la durée de l’arrêt augmente avec l’âge pour atteindre 50,8 jours chez les plus de 50 ans. Les raisons principales sont le développement des maladies chroniques, les phénomènes d’usure professionnelle mais aussi l’augmentation des salariés aidants chez les plus de 50 ans.

37,5 % des femmes ont eu au moins un arrêt maladie en 2016 contre 30,4 % des hommes. Les femmes sont plus exposées aux contraintes liées à la conciliation vie privée/vie professionnelle puisqu’elles assument souvent une part plus importante de la charge familiale. Elles sont également plus nombreuses à occuper des emplois peu qualifiés et sont, dans certains secteurs, davantage soumises à des conditions de travail souvent inadaptées.

ENSEIGNEMENT N° 3 | La nécessité d’appréhender les spécificités des situations de travail

En 2016, les ouvriers (40,7 % pour une moyenne de 41,2 jours), les agents de maîtrise et techniciens (36,2 % pour une moyenne de 38 jours) ainsi que les employés (34,5 % pour une moyenne de 32,6 jours) restent les plus touchés par les arrêts maladie. Chez les cadres, seuls 27,8 % d’absents pour une durée de 25,9 jours en moyenne, un chiffre en baisse par rapport à 2015 (28,4 %) mais en hausse par rapport à 2014 (27,3 %).

L’industrie BTP (38,9 % de salariés au moins absents une fois, pour une moyenne de 34 jours) et la Santé (38,5 % pour une moyenne de 41 jours) sont les secteurs les plus concernés. Si la Santé enregistre une baisse notable de ses statistiques (40,9 % pour une moyenne de 42 jours en 2015 contre 38,5 % en 2016), l’industrie BTP voit le phénomène de l’absentéisme prendre de l’ampleur (37,4 % pour une moyenne de 33,8 jours en 2015 contre 38,9 % en 2016).

À partir de 200 salariés, l’absentéisme est supérieur à la moyenne de 34,1 %. Ainsi, entre 200 et 999 salariés, le taux d’absentéisme atteint 34,9 % et il augmente pour les entreprises de plus de 1 000 pour atteindre 36,2 % et une durée moyenne d’absence de de 37,2 jours.

Enfin, l’étude met en exergue le lien entre absentéisme et contrat de travail. Il est avéré qu’un salarié en CDD a 25 % moins de risque d’avoir un arrêt maladie qu’un salarié en CDI, mais aussi qu’un salarié à temps plein a 1,3 fois plus de risque d’être arrêté qu’un salarié en temps partiel.

ENSEIGNEMENT N° 4 | L’arrêt maladie, une décision complexe

Un salarié sur dix a volontairement sollicité un arrêt maladie auprès de son médecin. D’abord parce que le médecin ne leur en proposait pas alors qu’ils se considéraient malades (27 %), ensuite parce que leur état psychologique ne leur permettait pas d’aller travailler (23 %), ou encore parce qu’ils se sentaient trop fatigués (22 %). Viennent ensuite des raisons personnelles (9 %), des conflits avec l’entreprise (9 %), la nécessité de garder enfants (8 %) ou proches (2 %). La majorité des arrêts sont prescrits après prise en compte par le médecin de la situation personnelle ou professionnelle du patient. Autre phénomène émergent : 19 % des arrêts de travail n’ont pas été respectés. Les raisons principales évoquées  par le salariés sont : pour 48 % « Il n’est pas dans mes habitudes de me laisser aller » ; pour 29 % « les journées non travaillées ne sont pas prises en charge » ; pour 22 % « j’ai peur d’être surchargé de travail à mon retour ».

ENSEIGNEMENT N° 5 | Comprendre son absentéisme et mettre en place des plans de prévention

Selon notre analyse statistique, nos entreprises clientes qui pilotent leur absentéisme de manière régulière obtiennent des résultats. Entre 2011 et 2016, elles voient leurs indicateurs d’absentéisme s’améliorer (baisse de 13 % du nombre moyen de jours d’absence par salarié). Pendant cette même période, les entreprises comparables qui n’ont pas mis en place de démarche particulière, ont vu leurs indicateurs se dégrader (hausse de 15 % sur le nombre moyen de jours d’absence par salarié).

Les professionnels de santé et les dirigeants s’accordent sur le fait que l’absentéisme pourrait être mieux appréhendé en entreprise.  Les médecins considèrent que les services d’accompagnement lors du retour à l’emploi ou de suivi pendant l’arrêt maladie sont utiles. Les dirigeants, eux, reconnaissent, à la quasi-unanimité (97 %) que ce phénomène impacte la performance de l’entreprise en générant des coûts directs mais également indirects, tels qu’une charge de travail accrue, des frais administratifs, une baisse de la qualité de la production. Et ils sont aussi 95 % à estimer que ce n’est pas une fatalité, mais que la réduction de l’absentéisme passe par la mise en place de plusieurs actions combinées (conditions et qualité de vie au travail, conciliation vie professionnelle / vie personnelle, programmes de coaching santé…).

 


Pour aller plus loin :

Découvrez vos indicateurs d’absentéisme (sur la base des statistiques des entreprises qui vous ressemblent : secteur d’activité, effectif et répartition démographique) avec le simulateur absentéisme Malakoff Médéric

Sources

[1] Portefeuille clients Malakoff Médéric, DADS 2016 (données calendaires)

[2] Absentéisme et présentéisme du secteur privé volet salariés 2017

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