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Le présentéisme, pire que l’absentéisme?

L’absentéisme a été très largement étudié ces dernières années et pour cause ; en 2013, il a coûté 8,8 milliards d’euros aux sociétés du secteur privé. Et c’est sans compter ses coûts indirects qui pourraient être 4 fois supérieurs [1]. Mais l’intérêt qu’il a suscité semble avoir éclipsé ce qui le précède : le présentéisme. Au sens le plus strict, celui-ci consiste tout bonnement à être présent. Mais dans le cadre de l’entreprise, il fait référence au fait de se rendre au travail alors que son état de santé empêche d’être pleinement productif. Le sociologue Denis Monneuse, parle de « surprésentéisme » pour évoquer le cas d’une personne qui « déclare être venue travailler au moins une fois dans l’année, alors que son état de santé aurait nécessité un arrêt maladie » [2]. S’il chiffre le « surprésentéisme » à 55 % en France, certaines études vont, elles, jusqu’à 62 % [3]. Or le présentéisme coûterait plus cher encore que le fait d’être absent.

Fragilisation de la santé physique et/ou psychique

Les manifestations du phénomène interviennent dans un contexte de fragilisation de la santé physique et psychique. Actuellement, 1/3 des salariés jugent que leur état de santé n’est pas bon [4], un chiffre en hausse constante depuis 5 ans. En outre, 27 % estiment ne pas faire ce qu’il faut pour mener une vie saine [5]. Cette situation de santé finit logiquement par avoir un impact sur la vie professionnelle. Pour 81 % des salariés interrogés, elle occasionne une gêne dans leur travail qui, en l’absence de traitement, peut mener à une situation de présentéisme.

Les difficultés liées à une mauvaise santé psychique sont également importantes. D’après l’OMS, la France est le 3e pays à enregistrer le plus grand nombre de dépressions en lien avec le travail [6]. Au quotidien, un état mental affaibli se caractérise par un stress important – qui toucherait 4 Français sur 10 [7] –, une fatigue intense, un surinvestissement ou encore une insatisfaction. Là encore, l’absence d’actions de prévention ou d’une prise en charge adéquate peut conduire au présentéisme. « Ma situation s’est dégradée du fait d’un management qui ne reconnaissait ni la valeur de mon travail, ni mon apport à l’entreprise », explique par exemple Claire, ex-consultante d’une agence de communication. « En quelques mois, je suis passée de l’envie d’être actrice au simple acte de présence. »

La crainte du regard de l’autre

Pourquoi alors ne pas poser un congé ou envisager un arrêt maladie ? Denis Monneuse évoque le poids du groupe : « Dans une équipe, si les absents ne sont pas remplacés, un arrêt maladie se traduit par une surcharge de travail pour les présents », en conséquence de quoi « le malade viendra pour éviter à ses collègues ce surplus. » Claire confirme : « J’ai le syndrome de la première de classe. J’avais beau être mal, démotivée, l’absentéisme, je ne connais pas. En plus, ma hiérarchie me faisait comprendre que quitter mon boulot, c’était le faire retomber sur les autres. Donc je restais. » Autre frein selon Denis Monneuse, la culture d’entreprise : « Si une personne qui quitte le bureau à 18 heures entend dire « tu prends ton après-midi ? », elle va hésiter avant de poser un arrêt maladie. » Dernier cas enfin, celui des cadres qui, dans une situation confortable et bien payés « pensent souvent qu’ils ne peuvent pas prendre un arrêt maladie [8]. »

Des conséquences économiques importantes

Fatigue, stress, manque de motivation… Ces facteurs concourent directement à un manque de productivité et à une augmentation des risques d’accidents et de conflits. « Je continuais à bien faire mon travail, mais je faisais des horaires plus légers, je m’investissais moins », admet Claire. En s’accrochant à la présence de leurs collaborateurs, certaines entreprises entreraient en fait dans un cercle vicieux. Selon Denis Monneuse : « En incitant au présentéisme, les entreprises peuvent favoriser une incapacité de travail qui risque d’être plus longue et de leur coûter plus cher que si elles avaient accepté le coût non caché de l’absentéisme [9].» En effet, alors que le coût de ce dernier est principalement pris en charge par la Sécurité sociale, ce sont en revanche les entreprises qui assument le coût d’un salaire non productif. Avec un taux de présentéisme qui varierait entre 6,4 % à 9,2 % en France, son coût représenterait entre 13,7 et 24,9 milliards d’euros [10] chaque année.

Équilibre vie pro/vie perso et QVT : les leviers-clés

Finalement, le présentéisme apparaît comme les prémisses de l’absentéisme. L’intérêt de mettre en place des actions de prévention est donc clair et, en la matière, les entreprises américaines font figure de précurseurs. Celles-ci consacrent en moyenne 2 % de leur budget assurance santé à des programmes dits « Wellness », qui accompagnent les salariés dans la gestion de leur bien-être physique et mental. Ces programmes ciblent prioritairement l’alimentation, l’activité physique et le sevrage tabagique, et certains, intitulés « disease management », agissent également contre le diabète, l’asthme, les maladies coronariennes, la dépression, les cancers, etc. [11]

En France, les entreprises s’y mettent progressivement, en portant notamment leur attention sur les moyens de préserver l’équilibre vie privée/vie professionnelle et la qualité de vie au travail. Car le cabinet Midori consulting l’affirme : la régulation de la charge de travail (quantité de travail, pression du temps, charge mentale et émotionnelle du travail) et la reconnaissance (symbolique, financière, de carrière) participent à diminuer considérablement le présentéisme [12].

Ynsect, l’exemple d’un employeur responsabilisé

La jeune entreprise innovante Ynsect, spécialisée dans l’élevage d’insectes à grande échelle, l’a bien compris. Co-fondateur et secrétaire général de l’entreprise qui emploie une cinquantaine de personnes, Alexis Angot raconte : « Au siège, nos contrats de travail sont pour la plupart sous forme de convention de forfait mensuel en heures. La mensualisation permet une plus grande flexibilité : elle permet de travailler moins une semaine et davantage la semaine qui suit. L’idée, c’est qu’en fonction de leurs contraintes ou envies – faire du sport, prendre un train – nos collaborateurs puissent s’organiser. Cette modularité est très appréciée. » Chez Ynsect, les horaires de réunion sont également encadrés : « Les réunions ne démarrent pas avant 9 h, ne se terminent pas au-delà de 18h et on sanctuarise un moment “off” pour le déjeuner ». Voilà des mesures qui satisferaient les 36 % de salariés estimant avoir du mal à concilier vie pro et vie perso [13]. Lancée pour la première fois cette année, l’évaluation des risques psychosociaux est enfin devenue un outil-clé pour penser le cadre de travail. « Elle nous a permis de comprendre qu’organiser des réunions au dernier moment générait du stress, ajoute Alexis Angot. Depuis, nos réunions sont prévues 48 h à l’avance et pour nous assurer que la mesure est adoptée, elle a été communiquée à tout le monde et placardée dans les salles de réunion. »

Alors qu’en octobre prochain se tiendra la semaine de la qualité de vie au travail, le temps semble venu pour les entreprises de revoir leurs idées sur l’absentéisme. Le dicton ne le dit-il pas ? Mieux vaut prévenir que guérir !


[1] Les coûts de l’absentéisme

[2] Article nouvelle entreprise : Interview de Denis Monneuse sur le surprésenteisme

[3] Le présentéisme en France: un taux record

[4] Malakoff Médéric, Santé & bien-être des salariés, performance des entreprises, 2016.

[5] Idem.

[6] Les chiffres et statistiques du stress en France

[7] Idem

[8] Article nouvelle entreprise : Interview de Denis Monneuse sur le surprésenteisme

[9] 1er baromètre du présentéisme au travail

[10] Article du monde : le présenteisme coûte plus cher que l’absenteisme

[11] Article comptoir : programme wellness au travail

[12] 1er baromètre du présentéisme au travail 

[13] Malakoff Médéric, Santé & bien-être des salariés, performance des entreprises, 2016.

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