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Les programmes Wellness pour concilier santé et travail

Les salariés passant un tiers de leur vie en entreprises, c’est aussi là que se joue leur santé ! Certains pays ont donc mis en place des programmes « Wellness », pour sensibiliser et accompagner leurs salariés dans la gestion de leur santé. L’Europe s’y met doucement… Pourtant ces programmes sont bénéfiques aussi bien pour la santé des salariés que pour la productivité des entreprises et les coûts de santé.  Explications.

Outre-Atlantique, le premier Corporate Wellness Program a été mis en place en 1978 par le groupe pharmaceutique Johnson & Johnson. Aujourd’hui, selon une étude réalisaée par le magazine Les Echos, près de 80 % des salariés bénéficient d’un « Corporate Health and Wellness Program », autrement dit un programme global et coordonné de mesures visant à promouvoir et protéger leur santé. Cette tendance s’est accélérée avec les réformes Obama qui encouragent l’adoption de tels programmes. Au Québec la démarche de certification « Entreprise en Santé » existe depuis une dizaine d’années et encourage les dispositifs de « Prévention, promotions et pratiques organisationnelles favorables à la responsabilisation du salarié en regard de sa santé, l’acquisition d’habitudes de vie saines et le maintien d’un milieu de travail favorable à la santé ».

L’exemple américain

Les entreprises américaines consacrent en moyenne 2 % de leur budget assurance santé à ces programmes, afin de maîtriser les coûts directs et indirects de santé. Elles partent du principe que la bonne santé de leurs collaborateurs est déterminante pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Des salariés en bonne santé sont de toute évidence plus motivés, plus investis dans leur travail sur la durée, sans parler de la problématique d’absentéisme.
Ces programmes reposent généralement sur une démarche de collecte de données (pour établir le profil de risque santé des salariés) et sur une offre de services plus ou moins complète, selon la taille de l’entreprise, associant dépistage, prévention et promotion de la santé. Les programmes visant des changements de comportement sont les plus répandus et ciblent prioritairement l’alimentation, l’activité physique et le sevrage tabagique. Ils peuvent s’accompagner de programmes de « disease management » qui incluent des actions préventives contre des maladies comme le diabète, l’asthme, les maladies coronariennes, la dépression, les cancers, etc.

Des résultats probants

Différentes études, notamment celle menée par la RAND Corporation sur 362 136 employés de 5 entreprises bénéficiant de programmes de wellness entre 2005 et 2010, montrent que ces programmes ont une influence positive sur les facteurs de risque : la pratique du sport augmente (1,5 jour additionnel de pratique du sport par semaine), la tabagie baisse (de près de 30 % comparé aux fumeurs ne participant pas au programme), l’IMC[1] baisse (d’environ 0,15 dès la 1re année).

Chez Citibank, l’évaluation du programme de santé a également permis de constater une baisse du niveau global de risque santé, 2 années après l’inclusion des collaborateurs dans le programme. Des tendances similaires ont été relevées pour le programme de Johnson & Johnson.

L’impact de ces programmes est également ressenti très positivement par les employeurs, selon l’étude de RAND Corporation. Plus de 60 % estiment que leur programme réduit les coûts de santé et environ 80 % considèrent qu’il contribue à réduire l’absentéisme et à augmenter la productivité. Une analyse publiée en 2010 et portant sur une vingtaine d’évaluations publiées le confirme : elle montre de nettes différences de jours d’absence entre participants et non-participants aux programmes de wellness. Pour les évaluations les plus sérieuses, ce nombre est estimé à 1,7 jour par employé par an. Quant à l’impact sur les coûts de santé, une évaluation du programme Pepsico montre que les économies sont particulièrement substantielles lorsque le programme comporte des actions ciblant les employés souffrant de maladie chronique.

Un contexte favorable en Europe

En Europe, ces programmes sont encore loin d’être une norme. La santé y relève de systèmes de soins traditionnellement orientés vers le curatif, le préventif étant davantage du ressort individuel. Alors qu’aux États-Unis, on a plutôt tendance à considérer que la santé résulte de tous les faits et gestes de la vie quotidienne… dont la majeure partie du temps est passée au travail !

Pourtant, la prévalence croissante des maladies non transmissibles (pathologies cardiaques, obésité, diabète de type 2, cancers, etc.), qui représentent en France 70 % des dépenses de l’Assurance Maladie, devrait inciter les entreprises du vieux continent à se mobiliser. Car la plupart de ces maladies pourraient être évitées par des modifications de comportement : règles hygiéno-diététiques, activité physique, arrêt du tabac, faible consommation d’alcool, meilleure gestion du stress, etc. D’ailleurs, dès 2008, dans son rapport « La prévention des maladies non transmissibles par l’alimentation et l’exercice physique sur le lieu de travail », l’OMS apportait un élément de réponse décisif : grâce à son unité de temps et de lieu, l’entreprise est décrite comme le lieu idéal pour lutter efficacement contre la sédentarité.

C’est donc l’évolution des mentalités en faveur de la prévention qui peut favoriser le développement des programmes de « wellness ». Se voulant exemplaire, l’Assurance Maladie vient de lancer dans l’hexagone un programme de « coaching » pour les biens portants. Ce coaching en ligne Santé Active propose 3 programmes personnalisés pour adopter de bons réflexes : Nutrition Active, Santé du Cœur et Santé du Dos.

Une attente forte des salariés

En France, patrons comme salariés semblent prêts. 81 % des dirigeants[2] estiment que l’entreprise jouera un rôle plus important en matière de santé des salariés dans les 5 ans. De leur côté, 61 % des salariés aimeraient bénéficier, dans leur entreprise, de services pour faire de l’exercice, pour améliorer leur sommeil (53 %), et 46 % aimeraient être mieux dépistés sur les maladies graves ou les facteurs de risque comme le diabète, l’hypertension ou le cholestérol. Par ailleurs, 33 % des salariés souhaiteraient recevoir une aide psychologique en cas de coup dur, de difficultés personnelles ou professionnelles, tandis que 51 % des salariés fumeurs se sentent concernés par des services liés à la suppression ou la diminution du tabagisme.

Les pouvoirs publics vont dans le même sens. Le Plan Santé au Travail pour la période 2016-2020 conforte l’entreprise dans son rôle « d’acteur de santé » et marque un net infléchissement en faveur d’une politique de prévention qui anticipe les risques professionnels et garantit la bonne santé des salariés plutôt que de s’en tenir à une vision exclusivement réparatrice.

Une prise de conscience émergente

Dans l’hexagone, des initiatives sont prises mais l’on voit peu de programmes globaux et coordonnés. Au-delà des obligations légales, ces initiatives ciblent généralement les changements de comportement et les facteurs de risques.

L’un des précurseurs a été le Groupe PSA,  qui lançait, dès 2002, sur son site de Rennes, Santal un programme de prévention santé par l’alimentation pour ses 11 000 salariés. Les personnes en surpoids bénéficiaient d’un bilan nutritionnel et d’un suivi individuel par une diététicienne, et le cas échéant une orientation vers les services spécialisés du CHU de Rennes. Des campagnes de communication mettaient en exergue les bénéfices d’une alimentation équilibrée, et ce à destination de l’ensemble des salariés ainsi que leur famille. Avec des résultats concrets, puisque 86 % d’entre eux ont perdu 3,2 kg en moyenne. En 2006, le constructeur automobile élargissait le programme à ses sites parisiens avec des campagnes de sensibilisation, le choix de menus « Santal + » composés par des diététiciens, et, à la demande, un accompagnement personnalisé e-coaching.

La prévention des risques psychosociaux et du stress au travail est assez répandue : « observatoire du stress » chez Danone, « ligne écoute stress » au Crédit Agricole,  « formation à la gestion du stress » chez BNP Paribas, EDF, Lagardère, etc. Chez Iveco, le projet Health Factory a sponsorisé une initiative sur la prévention des risques cardiovasculaires, avec des check-up durant les heures de travail dans les usines. Le projet Smoking Cessation, lui,  propose aux salariés fumeurs et à leur famille ainsi qu’aux collègues non-fumeurs, des groupes d’écoute et des séances interactives pour les salariés et leur famille. La MGEN a installé dans son siège parisien une salle Sport Santé : un an après l’ouverture, c’est près de 40 % des salariés qui s’y sont inscrits parmi eux 70 % se déclaraient  non-sportifs.

Vers la prévention santé connectée

L’émergence du numérique en santé est une opportunité pour faciliter la mise en place de programmes de prévention et d’accompagnement. Dispositifs de mesure en temps réel des états de stress au travail, plateformes web d’informations, trackers d’activité, coaching en ligne personnalisé en matière de nutrition et de sevrage tabagique, sont autant de solutions digitales qui peuvent venir enrichir un programme de « wellness ». Aux États-Unis, Yahoo a offert à 11 000 de ses employés des bracelets intelligents qui assurent un suivi de la forme et de l’activité physique des utilisateurs en enregistrant par exemple les dépenses caloriques, les moments d’activité intense et les temps de sommeil. En France, dans le cadre de son programme « WellBeing@Work », l’entreprise de services informatiques Atos met à disposition de ses collaborateurs une application de coaching personnalisé : « Revitalized ». Elle dispense des programmes de sortie d’addictions et du coaching sportif et nutritionnel. Son usage est confidentiel et plus de 10 000 collaborateurs se sont emparés de la première version.

Les outils existent qu’ils soient connectées ou pas… reste à généraliser ces programmes pour que l’entreprise devienne un véritable territoire de santé.


[1] IMC : Indice de Masse Corporelle
[2] * Étude annuelle Santé et bien-être au travail 2015 de Malakoff Mederic

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