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Des défis majeurs sont à relever afin de bien vieillir

Jean-Pierre Aquino, président du Comité Avancée en âge, gériatre et médecin de santé publique, Directeur Pôle Médico-Social à l’hôpital de la Porte Verte, à Versailles, Conseil auprès de l’action sociale du Groupe Malakoff Médéric.

Quels sont les principaux défis posés par l’avancée en âge ?

Il faut tenir compte de deux éléments de contexte : la transition démographique et la transition épidémiologique.
La transition démographique est un allongement de l’espérance de vie avec un gain de 3 heures par jour, de 2 mois par an, de 33 ans en 100 ans. En 58 avant JC, lorsque Jules César occupait la Gaule, l’espérance de vie à la naissance était de 22 ans. En 2050, elle sera de 83 ans pour les hommes et de 89 ans pour les femmes. Le nombre de centenaires augmente régulièrement : de 15 000 en 2010 à plus de 200 000 en 2060.

Les maladies changent de visage avec la transformation des maladies létales en maladies chroniques, l’émergence des maladies invalidantes, la maladie d’Alzheimer, le vieillissement des personnes handicapées :
Il faut une réponse adaptée à cette double transition.

Quels sont les défis que doit relever le monde économique ?

Il faut reconnaitre que les personnes âgées sont des consommateurs de biens et de services. Il y a là un marché indiscutable organisé par la mise en place de la filière de la silver économie piloté par le ministère de l’économie.est un premier défi à relever. La silver économie part du principe que les retraités sont des consommateurs, que les technologies sont à leur portée avec une adaptation qui est prévue à leur intention. Cependant, face aux technologies, à un produit nouveau considéré comme étant génial et apportant une contribution évidente, comment passer du modèle expérimental à l’industrialisation ? Comment s’assurer que la démarche d’appropriation par les usagers sera du domaine du possible ? Comment financer l’accessibilité par les personnes âgées de cette technologie ?

Le deuxième défi touche un autre aspect économique. Il faut que dans les discussions à venir sur l’âge de départ à la retraite, on tienne compte de la recherche d’un équilibre pour maintenir une retraite par répartition, mais aussi de l’importance du maintien de l’activité professionnelle et relationnelle comme élément s’ancrant dans une démarche de prévention. Selon une étude de l’INSERM, pour les personnes susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer, la poursuite d’une activité cognitive et intellectuelle diffère la survenue de la maladie. L’intérêt de l’activité professionnelle ou d’une stimulation cognitive contribue à prévenir le vieillissement.

Comment les entreprises peuvent accompagner les 60 + à bien vieillir ?

Les entreprises peuvent accompagner les personnes de plus de 60 ans à bien vieillir en encourageant la préparation à la retraite. Il faut favoriser l’émergence d’un nouveau projet de vie par le biais de sessions de préparation à la retraite. Les préparations à la retraite s’insèrent dans un mouvement qui existait déjà dans les années 1980. Ce thème est ensuite passé en désuétude pour resurgir comme un point important. J’adhère fortement à ce point avec deux cibles distinctes :

– La première : je suis en activité professionnelle, je pars à la retraite dans cinq mois et j’ai besoin d’un certain nombre de conseil concernant ma santé, mon organisation au quotidien, mes droits sociaux et la transmission vis-à-vis de mes enfants. C’est le but de la préparation à la retraite proposée par les caisses de retraite ou les caisses de retraité complémentaire ou les entreprises.

– La deuxième : jeune retraité depuis 6 mois, je me suis fait une idée de ce que serait demain et je suis confronté à la réalité du quotidien. Je me rends compte que je suis face à des difficultés. Préparer sa retraite pour les deux cibles permet de consolider sa position dans sa dynamique de vie. On sait que si l’individu est dans une dynamique de projet, porté vers l’avenir, il s’ancrera plus facilement dans une logique du bien vieillir.

Vous avez été l’auteur du rapport du Comité Avancée en âge « Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société », comment peut-on réussir à anticiper pour préserver l’autonomie ?

Le mot « autonomie » représente un thème mobilisateur qui doit cristalliser nos efforts, au service de trois objectifs déterminants :

– Préserver l’autonomie c’est anticiper. L’autonomie est un capital que nous avons à gérer du mieux possible tout au long de notre vie. Un exercice physique régulier, une alimentation adaptée, un lien social structuré en famille, dans le milieu du travail et dans la société, une gestion du stress et le plaisir sont déterminants et représentent les leviers d’une avancée en âge réussie. C’est l’épigénétique dont l’objectif est la modulation des gènes en fonction du comportement.

– Prévenir les pertes d’autonomie évitables au cours de l’avancée en âge : La fragilité est un état intermédiaire entre la robustesse et la dépendance. Il est fait référence aux facteurs de risque de fragilité qui sont annonciateurs d’une perte d’autonomie. Les repérer permet de mettre enplace des stratégies préventives évitant la bascule vers la dépendance.

– Stabiliser des situations caractérisées par une incapacité en préservant et valorisant les capacités conservées et en évitant une aggravation lorsque la récupération n’est guère possible, en particulier dans les maisons de retraite.

Quel regard portez-vous trois ans après sur votre rapport paru en mars 2013 ?

La loi d’adaptation de la société au vieillissement est effective depuis décembre 2015. C’est une loi « autonomie » et non pas une loi « dépendance ». Utiliser un autre mot, cela change tout ! Je pense à la force des mots. Lorsqu’on positive une démarche, on est dans quelque chose qui est porteur. Quand on met le doigt sur les incapacités et déficits et qu’on fait un amalgame on crée une toile de fond qui n’est pas porteuse d’espoir.

Le vieillissement et les maladies chroniques sont intégrés dans les politiques publiques. La prévention est valorisée, dans une « approche écologique » prenant en compte les déterminants socio-environnementaux qui interagissent (moyens de transport, habitat etc.)

L’adaptation de la société au vieillissement est un impératif, comment le monde économique peut-il s’en saisir ?

Plus de 90% des personnes âgées de plus de 60 ans vivent à domicile et l’immense majorité d’entre elles souhaite y rester le plus longtemps possible. Vivre chez soi est donc clairement revendiqué, ce qui implique la responsabilité des pouvoirs publics. Ainsi, s’il faut veiller au maintien de l’autonomie à domicile et organiser les aides en cas d’incapacité, il ne faut pas oublier que le quartier et ses équipements jouent un rôle important. En effet, pouvoir sortir de chez soi, se déplacer librement dans la ville, accéder aux commerces, aux services de proximité et aux loisirs, sont essentiels pour bien vivre chez soi. Trois facteurs clés sont ainsi en jeu : l’aménagement des espaces publics, les modes de transport et la sécurité chez soi et dans la rue.

Questions « rush »

Un mot, une expression, une citation sur les 60 + :
« On commence à vieillir lorsqu’on se dit qu’on ne s’est jamais senti aussi jeune… » (Jules Renard)

Donnez une figure qui incarne le bien vieillir :
L’acteur, réalisateur et producteur de cinéma Clint EASTWOOD, âgé de 86 ans.

Que vous inspire cette question – Et si l’avenir c’était la longévité ? :
« Le vieillissement est le seul moyen que l’on ait trouvé pour vivre longtemps » (Sainte Beuve)

Citer une action du monde économique la plus pertinente en faveur des 60 + :
La question de l’âge de la retraite : augmenter l’âge de départ à la retraite…

Mots clés :
Autonomie
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