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L’économie sociale et solidaire au défi du vieillissement démographique

Charlotte Debray, Déléguée Générale de la Fonda (laboratoire d’idées au service des associations), a co-piloté l’étude Société vieillissante, société innovante. L’économie sociale et solidaire au défi du vieillissement démographique. (avec Futuribles International).

Elle revient, pour le comptoirmm, sur l’importance de faire participer les seniors aux actions engagées par le monde économique et de ne pas être dans l’industrialisation des actions, mais de faire du cas par cas en s’inspirant de l’existant.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi la Fonda a lancé cette étude Société vieillissante, société innovante ?

La population française, comme celle de tous les autres pays du monde, vieillit. Cela soulève de grandes questions et des réflexions sur des orientations stratégiques. La filière de la Silver Economie, initiée en 2013, est une des réponses. Cependant, cette offre risque de ne pas rencontrer sa demande si les innovations sont pensées sans tenir compte des besoins et des contraintes des seniors eux-mêmes. Cela pose également la question de la solvabilité de la demande et des personnes qui ne peuvent de payer les innovations technologiques.

Par ailleurs, c’est aussi avec l’ambition d’inverser le regard sur les seniors que nous avons mené ces travaux : ne pas les considérer comme des personnes en difficulté à prendre en charge, mais comme étant parties prenantes de l’identification des problèmes qui les concerne et des réponses qu’ils peuvent apporter. Il s’agit de reconnaître leur capacité à co-construire des politiques publiques et de mettre en avant les seniors en tant que contributeurs.
Vis-à-vis de ces questions, les acteurs de l’économie sociale et solidaire doivent s’interroger sur leur propre capacité à innover et sur des dynamiques d’innovation plus ouvertes, de décloisonner avec des formes de gouvernance plus participatives pour aller vers des communautés d’actions qui nous paraissent être l’avenir du faire ensemble. Et ce n’est pas le monopole de l’économie sociale et solidaire que de s’occuper des préoccupations sociales. Il y a aussi de très bonnes volontés dans le monde de l’entreprise, qui ont des stratégies de responsabilité sociale de plus en plus construites.

Quelles sont les tendances émergentes repérées, qui peuvent particulièrement intéresser le monde économique ?

L’ensemble de la société est concerné par le vieillissement démographique. Cela soulève des enjeux suffisamment importants pour ne pas cloisonner les réponses, mais chercher à construire des solutions plus efficaces et mutualiser les moyens. Le fait que des acteurs qui appartiennent à des métiers et des sphères professionnelles différents se mettent autour de la table, identifient des enjeux pour lesquels on doit travailler ensemble et fixent des objectifs limités pour y répondre, c’est une manière émergente de travailler.

Vous avez fait un état des lieux de 300 innovations parcourant 9 questions essentielles, parmi ces innovations, avez-vous un/des exemples impulsé(s) par le monde économique qui favorisent le bien vieillir ?

Toutes les innovations sont orientées sur l’enjeu du bien vieillir. Je peux prendre comme exemple, le programme Les Inter-généreux d’Unis Cité. Ce programme, très innovant, contribue à rompre l’isolement des personnes âgées tout en permettant à des jeunes d’exprimer leur envie d’agir et de se constituer un certain nombre de savoir faire.

Il y a aussi la ville de Gdynia en Pologne qui a travaillé sur la participation citoyenne au service de l’innovation sociale avec le programme « Dialogue with seniors ». La commune voulait adapter l’espace urbain et renforcer le lien social. Ils ont fait appel à un panel de seniors qui ont été impliqués à chaque étape de la définition des orientations des politiques publiques. De cette action, on peut tirer trois bonnes pratiques :

  • La mairie a décidé d’ouvrir un espace de dialogue. Pour cela, elle a fait appel à un tiers, un laboratoire de sociologie et de recherche, qui a joué un rôle d’intermédiation. Au sein de cet espace de dialogue, ils sont partis des attentes, des besoins, des contraintes des seniors eux-mêmes. Partir des usages, c’est en soi une bonne pratique.
  • Ils ont ensuite combiné des moments conviviaux de travail et des moments où ils ont fait des balades in situ pour repérer les obstacles à la mobilité dans la ville. Ils ont pu ainsi faire une cartographie des problèmes urbains via une interface web.
  • Pour utiliser cette interface web, ils ont accompagné des seniors pour les aider à mieux manipuler un ordinateur, internet et les technologies du digital.

Gydnia a fait preuve d’une vraie volonté politique de partager le pouvoir et de considérer l’expertise d’usage des seniors comme une ressource. C’est un vrai changement de posture. Les seniors servent de garde-fous, d’empêcheurs d’innover stupidement.

Comment le monde économique peut-il s’inspirer de ces actions ?

On ne peut pas aller vers de l’industrialisation d’actions. Nous ne croyons guère au « copier-coller » des innovations sociales d’un territoire à un autre. Mais on peut inspirer les acteurs, en montrant que c’est possible de faire autrement. On peut influer et donner quelques repères sur le modèle économique, sur le processus d’émergence de l’innovation, sur la gouvernance des projets, sur la place que le numérique peut occuper. Ces repères peuvent permettre le déploiement de ces innovations.

La Fonda c’est un laboratoire d’idées au service des associations, est-ce que les 60 + s’engagent dans des actions bénévoles ?

Il y a en France entre 12 et 20 millions de bénévoles. 20 millions si on inclut les aidants familiaux qui sont des bénévoles informels hors structures. Ceci dit, il n’y a pas eu d’études Insee depuis 2002, donc ces chiffres sont à prendre avec précaution. Il y a des baromètres comme celui de France bénévolat et Recherche solidarité, en partenariat avec l’Ifop, qui permettent d’avoir une idée précise de la tendance. Selon ce baromètre, 22 % des plus de 54 ans sont bénévoles. Cette tendance diminue et cela devient une vraie question pour les acteurs associatifs que d’attirer et d’intégrer les bénévoles dans leurs projets. Ils doivent tenir compte de la transformation des modes de vie, des structures familiales, qui soulèvent de nouvelles contraintes, mais aussi des attentes de l’individu par rapport à l’engagement qui se sont profondément transformées ces 30 dernières années. On veut de plus en plus, et les 60 + aussi, s’orienter vers du bénévolat d’action plus que de la militance sacrificielle au service d’une cause. Le monde associatif doit réfléchir à la manière dont il peut accompagner la diversification des trajectoires des personnes âgées, en particulier pour leur ouvrir des possibilités d’actions bénévoles. L’allongement de la durée de vie ouvre un boulevard pour le monde associatif, et le défi sera d’être en capacité d’accueillir et d’accompagner les 60 + dans leur mission de bénévoles.

Qu’apportent les 60 + aux associations ? Et inversement, qu’est ce que les associations apportent aux 60 + ?

Les 60 + ont un capital cognitif, de l’expérience, de l’expertise à transmettre, ils ont un rôle de passeur et d’intégrateur, et ils ont autant à recevoir des générations qui les suivent, en particulier sur la question numérique. En se mettant en mode projet et en constituant des équipes intergénérationnelles, on consolide les diagnostics comme les résultats, adossés à une équipe très riche.
Au final, la question ce n’est pas tant de savoir comment donner une place à chaque génération, mais comment faire que ces générations s’apportent mutuellement et comment faire pour qu’ensemble elles aillent plus loin.

Questions « rush »

Un mot, une expression, une citation sur les 60 + : 60 ce n’est pas le problème c’est la solution !

Donnez une figure qui incarne le bien vieillir : Jean-Pierre Worms, le plus âgé, le plus dynamique et le plus moderne des administrateurs de la Fonda.

Que vous inspire cette question – Et si l’avenir c’était la longévité ? : Youpi !

Citer une action du monde économique la plus pertinente en faveur des 60 + : Le fait de replacer le patient au centre et de construire des parcours coordonnés au lieu de saucissonner la personne en 1000 morceaux.

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